Le gaz de schiste, «un non-sens» pour le Québec
Le président du comité climatique qui conseille le gouvernement insiste sur la transition énergétique. Entrevue..
Entre 2006 et 2010, le Québec a foré 29 puits de gaz de schiste, principalement dans la vallée du Saint-Laurent, en Montérégie et dans le Centre-du-Québec. L’industrie visait alors de forer plus de 20 000 puits supplémentaires dans ces régions. Le gaz de schiste est un gaz naturel emprisonné dans des roches profondes et compactes, appelé schiste. Pour l’extraire, la technique de la fracturation hydraulique (ou fracking) est souvent utilisée : elle consiste à injecter un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques sous haute pression pour fissurer la roche et libérer le gaz. Cette méthode soulève des inquiétudes environnementales, notamment en raison des risques de contamination des nappes phréatiques et des tremblements de terre induits. Aujourd’hui, l’exploitation du gaz de schiste est illégale au Québec en raison de la législation en vigueur, mais certains partis politiques proposent de relancer son exploration lors de la campagne électorale de 2026.
Alain Webster, président du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC) qui conseille le gouvernement québécois, qualifie le gaz de schiste de «non-sens» pour l’économie et l’environnement du Québec. Il rappelle que la province a choisi depuis des décennies de développer les énergies renouvelables, comme l’hydraulique, l’éolien ou le solaire. Selon lui, relancer l’exploitation d’énergies fossiles comme le gaz de schiste irait à l’encontre des objectifs climatiques internationaux et des engagements du Québec. Le CCCC publie des rapports pour guider les politiques climatiques du gouvernement, en s’appuyant sur des données scientifiques et économiques. Webster enseigne également l’économie de l’environnement depuis plus de 30 ans, ce qui renforce la crédibilité de son analyse.
L’ONU a récemment alerté sur l’urgence climatique : les dérèglements s’aggravent au point que l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris (limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle) sera bientôt dépassé. Pour éviter un réchauffement de 3°C à 4°C d’ici 2050, les experts insistent sur la nécessité de sortir des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) et de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), responsables du changement climatique. Webster souligne que les décisions prises aujourd’hui détermineront le climat des prochaines décennies. Par exemple, un réchauffement de 3°C ou 4°C entraînerait des perturbations majeures : canicules plus fréquentes, montée des eaux, crises agricoles et migrations massives.
Dans le monde, les investissements dans les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) progressent rapidement, contrairement aux énergies fossiles. Selon l’Agence internationale de l’énergie, leur production a augmenté de 120 % au cours de la dernière décennie, et même de 140 % aux États-Unis. En Chine, cette croissance dépasse les 240 %, tandis qu’au Canada, elle n’est que de 15 %. Webster explique que cette transition n’est pas seulement écologique, mais aussi économique : les pays qui investissent dans les énergies vertes deviennent plus compétitifs. Il cite l’exemple de l’Europe et de l’Asie, où les transformations techniques et industrielles liées à la décarbonation (réduction des émissions de carbone) créent de nouvelles opportunités économiques.
Lors de la campagne électorale québécoise, les partis politiques ont des positions divergentes sur le gaz de schiste. Le Parti conservateur du Québec propose de relancer l’exploitation par fracturation, malgré son illégalité actuelle. La Coalition avenir Québec (CAQ) est ouverte à l’idée d’explorer de nouveaux forages. Le Parti libéral du Québec estime qu’il ne faut pas fermer définitivement la porte à cette industrie, malgré les controverses passées (fuites de puits, poursuites judiciaires). Webster critique ces positions, les qualifiant de court-termistes. Pour lui, la crise climatique exige des actions immédiates et ambitieuses, et non des choix énergétiques dépassés qui aggraveraient les problèmes environnementaux.
Le Québec a déjà connu les conséquences de l’exploitation du gaz de schiste entre 2006 et 2010 : forages réalisés sans consultation publique ni évaluation environnementale, puits abandonnés qui fuient encore aujourd’hui, et tensions sociales dans les régions concernées. Ces expériences ont laissé des séquelles, notamment en Montérégie et dans le Centre-du-Québec, où les projets étaient envisagés. Webster rappelle que relancer cette filière ignorerait les leçons du passé et les engagements climatiques du Québec. Il insiste sur l’importance de l’*efficacité énergétique* (réduire la consommation d’énergie sans perdre en confort) et du développement des énergies renouvelables, qui sont déjà en marche dans la province.

