La santé ne commence pas à l’hôpital : Pourquoi la jeunesse doit être au cœur des politiques de prévention
L’ESSENTIEL Les recherches les plus récentes nous ont appris que la santé se construit bien avant l’entrée dans le système de soin. Les comportements favorables à la santé s’acquièrent dans des endroits et des secteurs très divers : dans les familles, à l’école, dans les clubs sportifs, dans les collectivités, etc.
Les recherches récentes montrent que la santé d’une personne se construit bien avant qu’elle ne nécessite des soins médicaux. Contrairement à une idée reçue, les comportements favorables à la santé (comme une alimentation équilibrée, une activité physique régulière ou un bon sommeil) s’acquièrent dès l’enfance, dans des lieux variés comme la famille, l’école, les clubs sportifs ou les collectivités locales. Cette prise de conscience remet en question un système de santé français centré sur la guérison des maladies plutôt que sur leur prévention. Pourtant, des organisations comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estiment que 75 % des décès dans le monde sont liés à des maladies non transmissibles (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, etc.), dont les facteurs de risque sont en grande partie évitables. Cela signifie que des actions précoces pourraient éviter l’apparition de ces maladies. Par exemple, en France, seulement 33 % des filles et 51 % des garçons de 6 à 17 ans atteignent les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique, soit au moins 60 minutes par jour.
Les maladies chroniques (comme les maladies cardiovasculaires, les cancers ou le diabète) sont responsables de la majorité des décès dans le monde. Pourtant, leurs causes sont souvent liées à des facteurs comportementaux ou environnementaux, comme une mauvaise alimentation, le manque d’activité physique, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool ou encore l’exposition à la pollution. L’OMS souligne que ces maladies se développent progressivement et que leurs facteurs de risque apparaissent dès l’enfance ou l’adolescence. Par exemple, près des trois quarts des troubles mentaux se déclarent avant 25 ans, et un adolescent sur sept souffrait d’un trouble mental en 2025 selon l’OMS. En France, le rapport Terram & Institut Montaigne sur la santé mentale des jeunes met en lumière l’urgence d’agir plus tôt. Pourtant, les politiques publiques interviennent souvent trop tard, une fois les problèmes installés. La prévention doit donc cibler ces facteurs de risque dès le plus jeune âge pour éviter l’apparition de ces maladies.
La jeunesse n’est pas seulement une période de la vie, mais le moment où se construisent les trajectoires de santé à long terme. Les habitudes prises pendant l’enfance et l’adolescence (comme le sommeil, l’activité physique, les relations sociales ou l’usage des écrans) influencent durablement la santé à l’âge adulte. Par exemple, un adolescent victime de harcèlement peut développer des symptômes anxieux, perdre le sommeil, s’isoler et réduire son activité physique, ce qui dégrade sa santé mentale et physique. Pourtant, les interventions publiques se concentrent encore trop souvent sur la réparation des dommages plutôt que sur leur prévention. L’OCDE rappelle que les dépenses consacrées à la prévention représentent une part très limitée des dépenses de santé totales. Pour inverser cette tendance, il est essentiel de placer la jeunesse au cœur des politiques de santé et de coordonner les actions entre les différents secteurs (éducation, sport, numérique, environnement, etc.).
La prévention ne se limite pas à des campagnes de dépistage ou à des vaccinations. Elle repose aussi sur l’éducation à la santé, qui vise à donner aux jeunes les outils pour comprendre leur environnement et prendre des décisions éclairées. Cela inclut l’apprentissage des compétences psychosociales (comme la gestion du stress ou la communication), l’éducation alimentaire, la sensibilisation aux dangers des écrans ou encore la lutte contre la désinformation. Par exemple, l’OMS recommande d’intégrer l’éducation aux médias dans les programmes scolaires pour aider les jeunes à discerner les informations fiables des fake news. En France, seulement 51 % des garçons et 33 % des filles de 6 à 17 ans atteignent les recommandations en matière d’activité physique, ce qui montre l’importance d’agir sur ces leviers. La prévention doit donc être intégrée dans tous les lieux où les enfants grandissent : écoles, clubs sportifs, familles ou collectivités locales.
Notre système actuel sépare les politiques de santé, de jeunesse, de sport, d’éducation et de numérique, ce qui ne correspond plus aux déterminants contemporains de la santé. Ces déterminants (comme l’alimentation, l’activité physique, l’environnement social ou l’exposition aux écrans) sont transversaux et nécessitent une approche coordonnée. Pour y répondre, l’article propose de créer un ministère de la santé, des préventions, de la jeunesse et des sports afin de mieux articuler les actions entre ces différents domaines. La prévention doit aussi dépasser le cadre sanitaire : elle doit devenir un critère de décision dans les politiques économiques, industrielles et environnementales. Par exemple, les choix industriels ou commerciaux (comme la promotion d’aliments ultra-transformés) peuvent avoir un impact direct sur la santé des populations. L’article cite également un projet de label « Hôpital de santé environnementale », qui vise à intégrer la santé environnementale et la transition écologique dans le fonctionnement des hôpitaux.
Le système de santé français a longtemps été centré sur la guérison des maladies, une approche qui a permis d’allonger l’espérance de vie. Cependant, le défi du XXIᵉ siècle est de passer d’une logique de *médecine curative* (soigner après l’apparition des maladies) à une logique de *médecine préventive* (agir avant que les maladies ne surviennent). Cela implique de déplacer le centre de gravité des politiques de santé : des maladies vers leurs causes, du soin vers la prévention, et de la réparation vers l’anticipation. Pour y parvenir, il est essentiel de faire de la jeunesse le premier investissement de la politique de santé. Cela signifie investir dans l’éducation, le sport, l’alimentation, l’environnement et le numérique pour donner à chaque enfant les meilleures chances de rester en bonne santé tout au long de sa vie. Cette approche nécessite une transformation profonde de notre organisation administrative et une coordination renforcée entre tous les acteurs concernés.

