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Adoption internationale : « Le Québec est en train de séparer ma famille »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 25 j

Une fillette adoptée par un couple de Laval est coincée au Liban, son adoption n'étant pas reconnue au Québec..

Une famille séparée

Roula Bou Chahla et Jean Abou Ghannam, un couple libano-canadien établi au Québec depuis 2010, se retrouvent séparés depuis décembre 2025. Leur fille adoptive, Liana, âgée de 21 mois, est bloquée au Liban avec sa mère, tandis que le père reste au Québec. Le Secrétariat aux services internationaux à l’enfant (SASIE), un organisme gouvernemental québécois, refuse de reconnaître la légalité de leur adoption au Liban, empêchant Liana de rejoindre sa famille. Le couple, qui a attendu 18 ans pour adopter, vit cette situation comme un drame humain et une injustice. Jean, employé en cybersécurité, souffre de stress et d’anxiété, tandis que Roula, enseignante, décrit leur quotidien comme une épreuve insupportable.

L’adoption internationale

L’adoption internationale consiste à adopter un enfant vivant dans un pays étranger. Au Québec, ce processus est encadré par le SASIE, qui vérifie la conformité des démarches pour protéger les enfants et éviter les trafics. En novembre 2024, le Québec a imposé un moratoire (suspension temporaire) sur les nouvelles adoptions internationales via des organismes agréés. Seuls les dossiers déjà en cours ou présentés sans organisme agréé peuvent être examinés, sous réserve d’une autorisation préalable du SASIE. Entre novembre 2024 et mai 2025, six demandes ont été jugées recevables, mais aucune n’a abouti. Le SASIE justifie ses refus par la nécessité de vérifier la légalité des adoptions à l’étranger et de prévenir les trafics d’enfants.

Un long parcours d’attente

Roula et Jean ont attendu 12 ans pour adopter un enfant au Québec via le Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse de Montréal, qui gère les adoptions dites régulières (enfants dont les parents biologiques consentent à l’adoption). En 2022, leur déménagement de Montréal à Laval a prolongé leur attente de 12 à 20 ans supplémentaires, car chaque région québécoise gère ses propres listes d’attente. Face à cette impasse, le couple s’est tourné vers le Liban, leur pays d’origine, où un bébé abandonné dans un monastère était disponible à l’adoption. Ils ont présenté une demande au SASIE en octobre 2024, mais ont reçu un préavis de refus en décembre 2024, malgré leur éligibilité potentielle.

Le refus du Québec

Le SASIE a rejeté leur dossier en janvier 2025, estimant que les démarches d’adoption au Liban n’étaient pas conformes aux exigences québécoises. Une représentante du SASIE aurait même contacté la juge libanaise en charge du dossier pour lui signifier le refus, ce qui a bloqué la finalisation de l’adoption. Le Québec exige que les démarches d’adoption à l’étranger soient autorisées avant toute action dans le pays d’origine, afin de garantir la protection de l’enfant. Malgré les efforts du couple pour prouver la légalité de leur adoption (envoi de documents, intervention de la juge libanaise), le SASIE a maintenu son refus, invoquant des critères stricts pour éviter les trafics.

L’adoption au Liban

Au Liban, Roula et Jean ont obtenu l’approbation d’une juge aux mineurs pour adopter Liana en décembre 2025, après une période d’évaluation de cinq mois par une assistante sociale de l’ONG Save the Children. La juge a exigé que le couple s’engage à ne pas abandonner l’enfant et à ne pas quitter le Liban sans elle. Cependant, cette adoption n’est pas reconnue par le Québec, car les démarches préalables (autorisation du SASIE) n’ont pas été respectées. Le Liban autorise l’adoption internationale uniquement pour ses ressortissants, ce qui a compliqué la situation du couple. La guerre entre le Hezbollah et Israël, déclenchée en mars 2025, a aggravé leur détresse, rendant leur situation encore plus urgente.

L’urgence humanitaire

En avril 2025, Roula a envoyé un courriel urgent à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), l’organisme fédéral gérant les visas, pour demander une priorité absolue afin de ramener Liana au Canada. Elle invoquait des raisons humanitaires, soulignant qu’elle était une citoyenne canadienne et que sa fille était en danger dans un pays en guerre. Cependant, l’adoption étant une compétence provinciale au Canada, l’IRCC ne peut accorder de visa à Liana sans l’autorisation du Québec. Le SASIE a répondu en mai 2025 qu’il comprenait l’urgence, mais maintenait son refus, arguant que les exigences légales devaient être respectées pour protéger l’enfant. Le couple se sent pris au piège entre deux systèmes juridiques.

Les solutions envisagées

Plusieurs options sont envisagées par le couple et leur avocat, Me Raoul Sfeir, mais aucune n’est garantie. La première consiste à demander à la Cour du Québec de reconnaître le jugement d’adoption libanais. Cette cour examinerait si les conditions légales québécoises ont été respectées, notamment l’intérêt supérieur de l’enfant, qui est une priorité en droit. Une autre solution serait de déménager dans une autre province canadienne, mais cela ne garantirait pas une issue favorable, car la nouvelle province pourrait aussi examiner la légalité des démarches. Le couple refuse d’abandonner et a lancé une pétition en ligne pour demander une exemption humanitaire exceptionnelle pour Liana.

Ce que ça pourrait changer

Roula et Jean ont décidé de se battre pour réunir leur famille. Ils ont lancé une pétition en ligne appelant les autorités québécoises à accorder une exemption humanitaire à Liana, afin qu’elle puisse entrer au Canada avec sa mère. Roula exprime son désespoir : elle se sent « brisée » et a l’impression d’avoir « gagné Liana mais perdu Jean ». Le couple dénonce une situation où le Québec, en refusant de reconnaître leur adoption, sépare une famille et prive une enfant de sa vie au Canada. Ils espèrent une « ouverture » de la part des autorités, tout en sachant que les solutions juridiques sont complexes et incertaines.

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