NapseflowNapseflow
Culture

Coupe du monde de l'Esport à Paris : "Il y a une hyper-dépendance du secteur à l'argent saoudien"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

L'Esports World Cup débute ce soir à Paris. Originellement prévue à Riyad, elle reste organisée par l'Arabie saoudite.

Un événement majeur

Paris accueille du 8 juillet au 23 août 2026 la Coupe du monde d'esport, appelée Esports World Cup. Organisée initialement à Riyad en Arabie saoudite, la compétition a été délocalisée en urgence en France en raison d'une instabilité politique au Moyen-Orient. L'événement rassemble plus de 2 000 joueurs professionnels issus de 24 jeux différents, dont des titres populaires comme League of Legends, Fortnite ou Street Fighter. La cérémonie d'ouverture a réuni des artistes internationaux comme Aya Nakamura et DJ Snake, illustrant l'envergure médiatique de l'événement. Le cashprize (prix total) s'élève à 75 millions de dollars, financés quasi intégralement par l'Arabie saoudite. Pour la France, cet événement représente une opportunité économique et médiatique, avec des retombées estimées à plusieurs centaines de millions d'euros.

Financement saoudien

L'Arabie saoudite joue un rôle central dans le financement de l'esport mondial, avec un investissement total de 38 milliards de dollars dans le secteur depuis plusieurs années. Ce montant s'inscrit dans la stratégie Vision 2030, visant à faire du royaume un hub mondial du jeu vidéo d'ici 2030. L'argent saoudien finance non seulement la Coupe du monde, mais aussi des clubs français comme Vitality, Karmine Corp ou Gentle Mates, ainsi que 40 clubs partenaires à travers le monde. Ces financements permettent aux clubs d'acheter des joueurs ou des équipes, avec des montants allant de 100 000 à près d'un million de dollars par club. Cette dépendance financière crée une hyper-dépendance du secteur à l'argent saoudien, selon Nicolas Besombes, sociologue du sport à l'Université Paris Cité.

Modèle économique fragile

L'esport en France et dans le monde souffre d'un modèle économique fragile, car il ne dispose pas de sources de revenus stables comme les droits de diffusion télévisés, la billetterie ou les paris sportifs. Sa principale ressource est le sponsoring (financement par des entreprises), qui est souvent le premier budget réduit en période de crise. Les compétitions se déroulent principalement sur des plateformes en ligne comme Twitch, sans stade physique ni droits de diffusion. En France, les paris sur l'esport (e-sportifs) ne sont pas autorisés, ce qui limite encore les revenus. Cette situation rend le secteur particulièrement vulnérable et dépendant de financements externes, comme ceux de l'Arabie saoudite.

Stratégie de soft power

L'accueil de la Coupe du monde par la France s'inscrit dans une stratégie de soft power (influence culturelle et économique) pour l'Arabie saoudite. Ce pays, dirigé par une monarchie absolue, utilise l'esport pour améliorer son image internationale, malgré un bilan controversé en matière de droits humains. Selon Nicolas Besombes, pendant les sept semaines de compétition à Paris, près de 35 exécutions auront lieu en Arabie saoudite, soulevant des questions éthiques. La France, qui dispose depuis 2016 d'un cadre législatif dédié à l'esport, voit dans cet événement une opportunité de développer son écosystème, mais aussi de renforcer sa relation avec Riyad.

Ce que ça pourrait changer

Pour le gouvernement français, l'organisation de la Coupe du monde représente une opportunité économique et politique. Le pays mise sur cet événement pour attirer des investissements, soutenir la filière esportive locale et renforcer son attractivité internationale. La ministre des Sports, Marina Ferrari, a évoqué un *véritable partenariat de confiance* entre la France et l'Arabie saoudite. Cependant, cette collaboration soulève des interrogations sur les valeurs défendues, notamment en matière de droits humains. Malgré les retombées économiques estimées à plusieurs centaines de millions d'euros, des critiques émergent, comme l'*esport washing* (utilisation de l'esport pour blanchir une image controversée).

Sujets complémentaires