Ghana : quand les images nous rendent libres
En 1957, le Ghana devient l'un des premiers pays indépendants d’Afrique subsaharienne. Outil de réinvention et d'émancipation, la photographie a joué un rôle majeur dans la fabrique visuelle de la nation, dont les images constituent aujourd'hui un héritage vibrant, toujours en mouvement..
En 1957, le Ghana devient l’un des premiers pays d’Afrique subsaharienne à obtenir son indépendance après des décennies de domination coloniale britannique. Cet événement marque un tournant historique, symbolisant l’émergence des mouvements de décolonisation sur le continent africain. L’indépendance du Ghana est souvent présentée comme un modèle pour les autres nations africaines, inspirant des figures comme Kwame Nkrumah, premier président du pays, qui promeut une vision panafricaine. L’année 1957 est donc une date clé, non seulement pour le Ghana, mais aussi pour l’histoire mondiale des luttes anticoloniales. L’article souligne que cette indépendance a été accompagnée d’une volonté de construire une identité nationale forte, notamment à travers des outils culturels comme la photographie.
La photographie a joué un rôle central dans la construction de l’identité nationale ghanéenne après 1957. Elle a servi d’outil pour réinventer l’image du pays et de ses habitants, en opposition aux représentations coloniales souvent dévalorisantes. Les images produites à cette époque ont permis de donner une visibilité à une nouvelle dignité, une autonomie et une fierté nationale. Cet usage de la photographie s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation culturelle et politique. Aujourd’hui, des artistes contemporains comme Rita Maweuna Benissan réinterprètent ces archives photographiques pour en révéler de nouvelles dimensions, notamment en transformant des clichés anciens en œuvres brodées qui redonnent une présence et une autorité aux sujets représentés.
L’exposition Ghana ! Rêver l’indépendance, 1957-1976 se tient au palais de l’Archevêché d’Arles dans le cadre des Rencontres de la photographie, du 6 juillet au 4 octobre 2026. Elle présente des œuvres d’artistes contemporains, dont celles de Rita Maweuna Benissan, ainsi que des photographies historiques ayant inspiré ces créations. Parmi les photographes exposés figurent Paul Strand et James Barnor, dont les travaux ont marqué l’histoire visuelle du Ghana. L’exposition explore comment ces images ont contribué à façonner l’imaginaire national ghanéen pendant les deux décennies suivant l’indépendance. Un catalogue accompagne l’événement, publié aux éditions EXB.
Rita Maweuna Benissan est une artiste ghanéenne contemporaine dont le travail consiste à transformer des photographies anciennes en tableaux brodés. Son projet Her Reign in Colour (2025) vise à redonner une visibilité et une dignité aux sujets représentés dans ces archives, souvent réduits à des stéréotypes coloniaux. En brodant ces images, elle leur confère une nouvelle matérialité et une autorité, affirmant que ses œuvres cherchent à rendre une « vérité indéniable » aux personnes photographiées. Cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la réappropriation des images et la lutte contre les représentations oppressantes. Ses œuvres sont exposées à Arles jusqu’au 4 octobre 2026.
James Barnor est un photographe ghanéen dont le travail a capturé des moments clés de l’histoire du pays, notamment pendant et après l’indépendance. Ses photographies documentent des événements sociaux, des portraits et des scènes de vie quotidienne, offrant un regard unique sur la société ghanéenne de l’époque. Paul Strand, photographe américain, a également réalisé des clichés au Ghana en 1964, comme Shama, qui illustrent la collaboration entre artistes internationaux et locaux. Leurs œuvres, présentées dans l’exposition d’Arles, sont des références pour comprendre comment la photographie a participé à la construction d’une identité nationale ghanéenne.
Augustus Washington était un photographe afro-américain du XIXe siècle qui a documenté l’indépendance du Libéria, proclamée en 1847. Ses portraits des Libériens, souvent vêtus de costumes occidentaux, contrastent avec les daguerréotypes contemporains d’esclaves africains aux États-Unis, réalisés dans un but raciste. Washington a utilisé les mêmes techniques photographiques pour servir un projet radicalement opposé : affirmer l’humanité et la dignité des Africains émigrés au Libéria. Ses images, comme celles exposées dans l’article, montrent comment la photographie peut être un outil de résistance et de revendication identitaire.
Damarice Amao, historienne de l’art et conservatrice au Centre Pompidou, est la commissaire de l’exposition Ghana ! Rêver l’indépendance. Margaux Lavernhe, historienne de la photographie et doctorante à l’EHESS, travaille sur les archives photographiques africaines, notamment celles de James Barnor. Ensemble, elles éclairent le rôle de la photographie dans la construction des imaginaires nationaux africains. Leur travail met en lumière des photographes souvent méconnus et montre comment ces images, parfois oubliées, continuent d’influencer les représentations contemporaines. Leurs recherches sont publiées dans le catalogue de l’exposition.
Mathieu Potte-Bonneville, dans sa chronique *Carte postale*, explore comment la photographie peut révéler ce qui n’existe pas encore en puisant dans le passé. Il prend l’exemple d’Eugène Atget, photographe français du début du XXe siècle, dont les images de Paris ont inspiré des artistes et des penseurs. Cette chronique s’inscrit dans une réflexion plus large sur le pouvoir des images à porter des promesses d’avenir et à créer des liens entre les époques. Elle est diffusée dans l’émission *Allons-y voir !* et s’ajoute aux discussions sur la photographie comme outil de réinvention et d’émancipation.

