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Culture

"L'Inconnue" d'Arthur Harari, quand "toute image devient ambigüe, et tragique"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

C'est un trouble considérable qu'introduit "L'Inconnue" chez ses spectateurs, en contant l’histoire fantastique, inspirée de la bande dessinée qu'Arthur Harari a co-signée avec son frère Lucas, "Le Cas David Zimmerman", d'une entité qui change de corps via des relations sexuelles..

Un film fantastique réaliste

Le film L'Inconnue, réalisé par Arthur Harari, s'inscrit dans le genre fantastique tout en adoptant une approche réaliste. Inspiré de la bande dessinée Le Cas David Zimmerman coécrite par Harari et son frère Lucas, il raconte l'histoire d'une entité capable de changer de corps à travers des relations sexuelles. Contrairement aux effets spéciaux traditionnels, le film mise sur la mise en scène et le jeu des acteurs pour rendre cette situation invraisemblable crédible. Niels Schneider incarne un photographe agoraphobe qui se retrouve, malgré lui, dans le corps d'une femme allemande jouée par Léa Seydoux. Le cinéaste cherche à explorer la frontière entre réalité et fiction, en utilisant le cinéma comme un outil de captation du réel, où l'image filmée doit sembler avoir une preuve tangible, même si elle repose sur une illusion.

Retour aux sources du cinéma

Arthur Harari explique que L'Inconnue représente pour lui un retour aux fondamentaux du cinéma, où l'objectif est de filmer les apparences du réel. Il souligne que la fiction met souvent en danger cette dimension de captation, car elle repose sur un mensonge ou un contrat implicite avec le spectateur : croire à quelque chose qui n'est pas vrai, tout en acceptant que ce qui est montré a effectivement eu lieu devant la caméra. Le réalisateur insiste sur l'idée que le cinéma doit d'abord montrer quelque chose de tangible, avant que la fiction ne vienne brouiller cette perception. Cette approche vise à créer une tension entre ce que le spectateur voit et ce qu'il interprète, en jouant sur l'ambiguïté des images.

Fantastique et quotidienneté

Harari aborde le fantastique dans L'Inconnue avec un souci de réalisme, en traitant le changement de corps comme un phénomène vertigineux mais ancré dans le quotidien. Il cherche à rendre crédible cette idée en plaçant les personnages dans des situations banales, où l'image devient à la fois ambiguë et tragique. Le film explore ainsi la polysémie de son titre : L'Inconnue peut désigner une personne inconnue, mais aussi une inconnue mathématique, symbolisant l'incertitude et le mystère qui traversent l'intrigue. Le cinéaste joue sur cette dualité pour déstabiliser le spectateur et l'inciter à remettre en question sa perception de la réalité.

Architecture et incertitude créative

Le réalisateur compare la création d'un film à la construction d'une maison, où il faut à la fois penser l'espace pour le spectateur et laisser une part d'incertitude. Harari explique qu'il est impossible de savoir comment un espace sera habité ou traversé, et que cette incertitude est essentielle pour libérer la créativité. Il souligne que son processus de création repose sur un équilibre entre un désir clair de raconter une histoire et une méconnaissance de la manière exacte de le faire. Cette approche permet de ménager des espaces pour que le spectateur puisse investir le film de ses propres interprétations, comme le suggère la citation de Bazin évoquée par Harari : « Les films qui n'ont pas besoin de nous sont extrêmement ennuyeux. »

Ce que ça pourrait changer

Arthur Harari reconnaît que la réception de *L'Inconnue* génère des interprétations et parfois des protestations qu'il n'avait pas anticipées. Il admet que certaines intentions ou émotions ont pu émerger de manière inconsciente, tant de sa part que de celle de l'équipe du film. Le cinéaste défend l'idée que le spectateur doit jouer un rôle actif dans la construction du sens du film, en s'appuyant sur ce qu'il voit et ressent. Il considère que cette collaboration entre l'œuvre et son public est essentielle pour donner vie au film, et que les réactions des spectateurs font partie intégrante de l'expérience cinématographique.

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