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Des tonnes de plastique s’échouent sur les plages des Seychelles : nous avons retracé leur origine

The Conversation France · mis à jour 26 sept.

Les déchets plastiques rejetés par les navires polluent de nombreuses plages. Hiromi Ito Ame/Shutterstock (no reuse) L’ESSENTIEL Les plages des Seychelles, dans l’océan Indien, sont envahies par les déchets plastiques et les engins de pêche.

Plages des Seychelles polluées

Les plages des Seychelles, un archipel de 115 îles dans l’océan Indien, subissent une invasion massive de déchets plastiques et d’engins de pêche abandonnés. Ces déchets, qui s’accumulent notamment sur l’atoll d’Aldabra – classé au patrimoine mondial de l’Unesco –, représentent plus de 500 tonnes de plastique. Le nettoyage de ces sites coûterait environ 4,68 millions de dollars américains (4 millions d’euros) et nécessiterait 18 000 heures de travail. Cette pollution menace les écosystèmes fragiles et pèse lourdement sur l’économie locale, notamment le tourisme et la pêche, deux secteurs essentiels pour ces petits États insulaires en développement. Les déchets proviennent principalement de deux sources : les navires de pêche, qui perdent des filets et équipements, et les navires de commerce, qui rejettent illégalement des plastiques en mer.

Origine des déchets plastiques

Une étude récente a permis de retracer l’origine des déchets plastiques et des engins de pêche échoués sur les plages des Seychelles grâce à des simulations informatiques et des observations de terrain. Contrairement à une hypothèse précédente suggérant que ces déchets provenaient surtout de côtes lointaines, les chercheurs ont découvert que la majorité d’entre eux venait de navires opérant dans les eaux seychelloises ou à proximité. Ces eaux, riches en thon, abritent une pêche industrielle intensive, qui représente une source majeure de revenus pour l’archipel. Les navires responsables incluent des senneurs et des palangriers, principalement européens, autorisés à pêcher dans la zone économique exclusive des Seychelles, une zone maritime s’étendant jusqu’à 200 milles marins (370 kilomètres) des côtes où l’État dispose de droits exclusifs sur les ressources marines.

Rôle des navires européens

Les navires européens, notamment espagnols, jouent un rôle central dans cette pollution. Un rapport indique que 76 % des 214 dispositifs de concentration de poissons dérivants utilisés par les thoniers dans la zone économique exclusive des Seychelles appartiennent à des armateurs espagnols. Ces navires génèrent des bénéfices importants tout en laissant derrière eux des dégâts environnementaux majeurs. L’accord de pêche entre l’Union européenne et les Seychelles, renouvelé pour la période 2026-2030, autorise 38 navires européens à pêcher dans ces eaux pour un montant annuel de 5,75 millions d’euros. Le gouvernement seychellois avait demandé une augmentation de 30 % de cette contribution, mais n’a obtenu qu’une hausse de 7 %, selon certaines sources.

Transport maritime et routes polluantes

Le transport maritime international contribue également à cette pollution. Plus de 90 % des déchets plastiques issus du trafic maritime qui s’échouent sur les côtes seychelloises proviennent de seulement cinq routes traversant l’ouest de l’océan Indien. Les ports de départ et d’arrivée de ces routes correspondent souvent aux pays dont les étiquettes des bouteilles en plastique sont retrouvées sur les plages d’Aldabra. Pour lutter contre ces rejets, il faudrait appliquer plus rigoureusement les règles internationales interdisant le déversement de déchets en mer et renforcer la coopération bilatérale entre les Seychelles et les pays dont les navires empruntent ces routes. Des mesures simples, comme fournir suffisamment d’eau potable aux équipages pour limiter l’usage de bouteilles en plastique, pourraient aussi réduire la quantité de déchets.

Ce que ça pourrait changer

Le coût réel du nettoyage de cette pollution plastique est rarement supporté par les responsables. Les Seychelles doivent évaluer précisément le coût des dégâts causés par ces déchets pour négocier des accords plus avantageux avec l’Union européenne, notamment lors du renouvellement des accords de pêche. Les sommes obtenues pourraient financer les opérations de nettoyage et la restauration des écosystèmes fragiles de l’archipel. Les chercheurs soulignent que l’intégration du coût du nettoyage dans les futurs accords avec l’Union européenne est une piste pour responsabiliser les acteurs et préserver les ressources marines, tout en soutenant une économie locale dépendante de la pêche et du tourisme.

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