Pour Linus Torvalds, le code généré par IA est légitime
Le débat secoue la communauté du libre depuis des mois : faut-il accepter le code généré par IA ? Pour certains, c’est une trahison de l’esprit même du libre. Pour d’autres, ce n’est pas un problème.
En juillet 2025, Sash Levin, développeur chez NVIDIA et co-mainteneur des versions LTS du noyau Linux, a proposé d’ajouter une mention spéciale pour les contributions générées par intelligence artificielle (IA), initialement appelée Co-developed-by, puis modifiée en Assisted-by. Cette idée visait à identifier clairement les codes produits avec l’aide d’outils comme les grands modèles de langage (LLM). Le débat a abouti à une adoption lors du Maintainers Summit 2025, un événement réunissant les responsables du noyau Linux. Linus Torvalds, créateur du noyau Linux, a exprimé dès cette époque des réserves sur cette approche, privilégiant une utilisation raisonnée de l’IA plutôt qu’une interdiction systématique.
En 2026, Linus Torvalds a clairement affiné sa position sur l’IA dans le développement du noyau Linux. Il a critiqué à plusieurs reprises les rapports de bugs générés automatiquement par des outils d’IA, qualifiant ces productions de slop (terme anglais désignant une qualité médiocre ou une « bouillie » sans valeur). En mai 2026, il a dénoncé la surproduction de rapports de faible qualité, un problème également soulevé par des équipes comme celle de FFmpeg. Torvalds a défendu l’idée que l’IA est utile à condition que les développeurs sachent l’utiliser correctement et comprendre le code généré. Il a souligné que la communauté doit se concentrer sur la compétence des contributeurs plutôt que sur les outils qu’ils emploient.
Le noyau Linux 7.3, en cours de développement en octobre 2026, illustre l’évolution des pratiques. Selon Jonathan Corbet, journaliste spécialisé (LWN.net), ce noyau comprend 18 533 changements, dont 10 % portent la mention Assisted-by. Cependant, Torvalds estime que ce chiffre sous-estime probablement le nombre réel de contributions assistées par IA. Lors du Maintainers Summit du 8 octobre 2026 à Prague, il a rappelé que les contributions de faible qualité proviennent souvent de nouveaux développeurs qui ne maîtrisent pas suffisamment le noyau. Il a critiqué les efforts de mentorat, jugés souvent inefficaces, car ces développeurs ne tiennent pas compte des conseils reçus.
Lors du Maintainers Summit d’octobre 2026, les mainteneurs du noyau Linux ont convenu que l’étiquette Assisted-by était désormais obsolète. Cependant, cette décision a suscité une opposition, notamment de la part de Laurent Pinchart, un développeur qui a insisté pour conserver l’étiquette tant qu’un mécanisme de remplacement n’était pas mis en place. Il considérait que cette règle servait à fixer des attentes claires, même si certains la contournait. Torvalds a répondu avec fermeté dans un message daté du 13 au 14 octobre 2026, rejetant l’idée d’interdire l’usage de certains outils, comme les compilateurs ou les éditeurs, sous prétexte qu’ils masqueraient des lacunes de compétence.
Dans sa réponse à Laurent Pinchart, Linus Torvalds a utilisé un argumentaire ironique pour dénoncer les règles restrictives. Il a imaginé des interdits absurdes, comme l’interdiction d’utiliser des compilateurs ou des éditeurs, sous prétexte que ces outils masqueraient un manque de compétence. Il a affirmé que la vraie attente de la communauté était que les contributeurs fassent de leur mieux et comprennent ce qu’ils font, indépendamment des outils utilisés. Torvalds a également souligné que les personnes qu’il respecte sont souvent celles qui adoptent des outils innovants, et non celles qui les rejettent par principe. Cette position reflète sa conviction que la compétence prime sur les restrictions arbitraires.
En octobre 2026, de nombreux projets open source, comme Debian, Fedora, LLVM ou Firefox, ont adopté une approche similaire à celle de Linux : ils acceptent les contributions générées par IA, à condition que les contributeurs soient capables de les relire, de les comprendre et de les expliquer. Cette règle vise à garantir la qualité du code, même si l’outil utilisé pour le produire est une IA. D’autres projets, comme Gentoo, NetBSD, Zig ou Krita, refusent catégoriquement ces contributions ou ont instauré un moratoire. Certains, comme KDE, n’ont pas encore pris de position officielle, malgré leurs 30 ans d’existence. Cette diversité de positions montre que le débat sur l’IA dans le développement logiciel reste ouvert.

