La philanthropie des milliardaires peut-elle réellement protéger l’environnement?
Un projet de sauvegarde d’espèces menacées soutenu par le Fonds pour la Terre Bezos soulève des questions..
En 2026, un projet de conservation nommé Projet Phoenix pour les espèces a été lancé avec un budget total de 200 millions de dollars américains. Ce projet vise à sauver 100 espèces menacées, comme les iguanes roses, les lémuriens ou les pangolins, en finançant des programmes locaux de reproduction, de restauration d’habitats et de lutte contre les espèces envahissantes. Il est soutenu par deux acteurs majeurs : le Fonds pour la Terre Bezos, créé par Jeff Bezos (fondateur d’Amazon), qui contribue à hauteur de 100 millions de dollars, et l’organisation Re:wild de Leonardo DiCaprio, qui apporte le reste du financement. Le projet s’inscrit dans une démarche de conservation ciblée, mais soulève des questions sur son efficacité face à l’ampleur des crises environnementales.
Wren Montgomery, chercheuse spécialisée dans la durabilité, critique une pratique appelée écoblanchiment (greenwashing en anglais), qui consiste pour une entreprise à mettre en avant des actions positives pour l’environnement tout en masquant ses activités néfastes. Elle souligne que le don de 100 millions de dollars du Fonds Bezos est une très petite goutte d’eau comparé à l’impact environnemental global d’Amazon, notamment sa pollution plastique, sa déforestation et la consommation excessive d’eau de ses centres de données. Montgomery craint que cette philanthropie ne serve à détourner l’attention des problèmes structurels liés aux activités des milliardaires donateurs.
Le Fonds pour la Terre Bezos a répondu indirectement via un communiqué de son directeur général, Cristián Samper. Celui-ci explique que les espèces sélectionnées le sont en fonction de la capacité des partenaires locaux à mener des actions de conservation efficaces. Il précise que le projet s’inscrit dans un engagement global de 10 milliards de dollars pour lutter contre les crises du climat et de la biodiversité. Les progrès et les obstacles du projet seront publiés sur un tableau de bord en ligne, afin de garantir une transparence sur les résultats obtenus. Aucune réponse directe n’a été apportée aux accusations d’écoblanchiment.
L’entrepreneur montréalais Dax Dasilva, fondateur de l’organisation Age of Union, participe au Projet Phoenix. Son organisation, créée en 2021 avec un investissement initial de 40 millions de dollars, s’est associée à Re:wild en 2025. Dasilva défend l’impact concret du projet, soulignant que même des financements modestes (comme des subventions de 5 000 dollars) peuvent permettre de structurer des programmes locaux de conservation. Il insiste sur l’importance de ne pas abandonner face à l’urgence environnementale, tout en reconnaissant que les motivations des donateurs peuvent être questionnées.
Chris Johnson, professeur en conservation à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique, salue toute initiative privée contribuant à la sauvegarde de la biodiversité, mais rappelle que le Projet Phoenix ne cible que 100 espèces sur les 49 000 répertoriées comme menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Bien que ces actions locales soient utiles, elles ne peuvent se substituer aux réglementations environnementales, à la protection des habitats ou au financement public durable. Johnson souligne que la philanthropie privée ne doit pas servir à masquer l’inaction des gouvernements ou des entreprises en matière de responsabilité environnementale globale.
Le débat central autour de ce projet porte sur les motivations des milliardaires donateurs. Si leurs actions sur le terrain peuvent avoir un impact mesurable, comme la restauration d’habitats ou la protection d’espèces, elles restent limitées face à l’ampleur des crises climatiques et de la perte de biodiversité. Les critiques, comme Wren Montgomery, estiment que ces dons pourraient servir à *semer la confusion* en détournant l’attention des activités polluantes des entreprises concernées. Cependant, les résultats concrets du projet, comme le rétablissement des espèces ou le soutien aux communautés locales, devraient être évalués pour juger de son efficacité réelle.

