Ottawa « déconseille vivement » toute activité économique avec les colonies israéliennes
Les entreprises faisant affaire avec les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est courraient des risques..
Le gouvernement du Canada a publié un avis officiel le 21 août 2026, recommandant aux entreprises canadiennes d'éviter toute activité économique ou financière liée aux colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ces territoires, occupés par Israël depuis 1967, sont considérés comme illégaux par le droit international, car ils ne sont pas reconnus comme faisant partie de l'État d'Israël. L'avis souligne que les entreprises s'exposent à des risques juridiques, financiers ou de réputation, notamment en raison de litiges potentiels liés à l'utilisation des terres, de l'eau ou des ressources naturelles. Le Canada conseille donc aux sociétés de consulter un conseiller juridique indépendant avant de s'engager dans ce type d'activités et de faire preuve d'une vigilance accrue.
Le Canada justifie son avertissement par plusieurs éléments. D'abord, l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est jugée illégale au regard du droit international, ce qui expose les entreprises à des poursuites ou à des sanctions. Ensuite, la violence des colons israéliens contre les civils palestiniens s'est intensifiée depuis octobre 2023, avec au moins 1 103 Palestiniens tués en trois ans selon le ministère palestinien de la Santé. Enfin, l'avis mentionne que ces activités sapent la viabilité d'une solution à deux États et alimentent l'instabilité dans la région. Le Canada rappelle aussi avoir imposé cinq séries de sanctions contre 19 personnes et 12 entités liées à ces violences.
Cet avis est le premier du genre publié par le Canada concernant les colonies israéliennes. Bien qu'Ottawa ait déjà condamné à plusieurs reprises l'expansion de la colonisation et les violences des colons, il n'avait jamais formulé une recommandation aussi directe aux entreprises. Le Canada agit ainsi en coordination avec six pays européens, qui ont également condamné le lancement d'un appel d'offres israélien pour la construction de 1 200 logements en Cisjordanie en août 2026. Ce projet, appelé E1, prévoit à terme 3 400 logements et pourrait diviser la Cisjordanie en deux parties, rendant impossible la création d'un État palestinien viable.
Le Royaume-Uni a également réagi en annonçant des mesures exhaustives contre les colonies israéliennes en Cisjordanie, après avoir déconseillé aux entreprises britanniques de s'y engager. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a répondu que son pays répliquerait à d'éventuelles sanctions britanniques, évoquant des représailles économiques. Au Canada, des voix politiques et des organisations non gouvernementales, comme Oxfam Canada et la députée libérale Salma Zahid, demandent au gouvernement de Mark Carney d'aller plus loin. Elles réclament notamment l'interdiction de l'importation de produits issus des colonies et la suspension de l'Accord de libre-échange Canada-Israël, en raison des violations répétées du droit international.
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967, où vivent plus de 500 000 Israéliens dans des colonies, aux côtés de 3 millions de Palestiniens. Le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou, qui compte des ministres favorables à l'annexion du territoire, accélère les projets de construction de colonies à l'approche des élections du 27 octobre 2026. Ces colonies sont souvent au cœur de tensions et de violences, avec des attaques de colons contre des villages palestiniens et des actes d'intimidation. Selon des données israéliennes, au moins 48 Israéliens ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires sur la même période.

