Diplomatie française et conflit israélo-palestinien / Guerre en Ethiopie / L’IA signe-t-elle la fin de la littérature ?
L'affaire Thélyson Orélien , accusé d'avoir rédigé son roman à l'aide de l'intelligence artificielle, pose une question vertigineuse : à l’heure de l’IA générative, qu’est-ce qui fait encore la singularité d’un écrivain ? L'IA signera-t-elle la fin de la littérature ?.
En 2026, l’écrivain français Thélyson Orélien a été accusé d’avoir rédigé son roman à l’aide d’une intelligence artificielle générative. Cette affaire soulève une question majeure : dans un monde où les outils d’IA peuvent produire des textes complexes, qu’est-ce qui distingue encore un écrivain humain d’une machine ? L’IA générative (comme les modèles de langage) est capable de générer des textes cohérents et stylistiquement variés à partir de simples consignes, ce qui remet en cause la notion traditionnelle d’originalité et de créativité littéraire. L’enjeu dépasse le simple plagiat : il interroge la valeur même de l’écriture, entre art et technique. Les débats portent aussi sur la transparence, car les outils d’IA brouillent les frontières entre création humaine et automatisation, posant des défis éthiques et juridiques pour les auteurs, éditeurs et lecteurs.
William Marx, historien de la littérature et professeur au Collège de France, est interrogé sur l’impact de l’IA dans ce débat. Spécialiste de l’évolution des valeurs littéraires, il rappelle que la littérature a toujours été un espace de remise en question de ses propres fondements. Dans son ouvrage L'Adieu à la littérature. Histoire d’une dévalorisation (XVIIIe – XXe siècle), il analyse comment la littérature a progressivement perdu son statut sacré pour devenir une pratique parmi d’autres. L’IA, en démocratisant la production textuelle, accélère cette dévalorisation en réduisant l’écriture à une compétence technique plutôt qu’à une expérience humaine unique. Marx souligne que la singularité de l’écrivain réside moins dans la maîtrise de la langue que dans sa capacité à incarner une vision du monde, une émotion ou une expérience vécue, ce que l’IA ne peut reproduire.
La France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, a vu sa position diplomatique sur le conflit israélo-palestinien évoluer depuis 2022. Eve Benhamou, docteure en histoire des relations internationales, explique que Paris cherche à concilier deux impératifs : soutenir la sécurité d’Israël tout en défendant les droits des Palestiniens. Cette posture s’inscrit dans une tradition française de médiation, mais elle est aujourd’hui contestée par les deux camps. La France a notamment plaidé pour une solution à deux États, tout en condamnant les violences contre les civils, qu’elles viennent de l’armée israélienne ou des groupes armés palestiniens. Les tensions récentes, notamment après les attaques du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, ont mis à l’épreuve cette diplomatie, révélant ses limites face à l’escalade des violences et à l’affaiblissement des canaux de dialogue.
L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (plus de 120 millions d’habitants), est au bord d’une guerre de grande ampleur en septembre 2026. Mehdi Labzaé, politiste spécialiste du pays, décrit une crise multidimensionnelle : conflits ethniques persistants, rivalités politiques entre le gouvernement fédéral et les régions, et tensions avec les pays voisins comme l’Érythrée et le Soudan. La guerre civile, qui dure depuis 2020 dans la région du Tigré, s’est étendue à d’autres zones, avec des combats entre milices locales et forces gouvernementales. Les enjeux sont à la fois internes (contrôle des ressources, autonomie des régions) et externes (influence régionale, alliances militaires). La communauté internationale, dont la France, tente de jouer un rôle de médiateur, mais les divisions au sein de l’Union africaine et les intérêts géopolitiques compliquent toute solution durable.
L’invité des *Matins*, William Marx, revient sur la question centrale : l’IA annonce-t-elle la fin de la littérature ? Pour lui, la littérature ne disparaîtra pas, mais elle devra se réinventer. L’IA, en produisant des textes à grande échelle, pourrait standardiser la création, réduisant la diversité des styles et des voix. Cependant, elle pourrait aussi devenir un outil au service des écrivains, comme le pinceau pour un peintre : une aide technique plutôt qu’un remplacement. Le vrai défi réside dans la préservation de l’expérience humaine dans l’écriture, entre émotion, mémoire et engagement. Marx suggère que la littérature survivra si elle reste un acte de résistance contre la déshumanisation, en valorisant ce que l’IA ne peut pas reproduire : l’imperfection, l’ambiguïté et la subjectivité des récits humains.

