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Philosophie

Une enfance à voix haute – sur L’Enfant unique de David Lescot

AOC Media · mis à jour il y a 1 j

Aimer son enfant, c’est accepter qu’il s’échappe. Dans L’Enfant unique, créé au Théâtre de Cornouaille à Quimper puis présenté au Théâtre des Abbesses à Paris, David Lescot fait le portrait d’une fille unique vue par ceux qui l’ont mise au monde.

Résumé de la pièce

La pièce L’Enfant unique, écrite et mise en scène par David Lescot, raconte l’histoire d’une fille unique, Myrto, depuis sa naissance jusqu’à ses quatorze ans. Ses parents, Abel et Clotilde, l’ont élevée avec une attention excessive, cherchant à la protéger des dangers du monde. Cependant, à mesure qu’elle grandit, Myrto s’éloigne d’eux, devenant une figure de rébellion. Leur relation se complexifie davantage lorsque ses parents se séparent et qu’elle alterne entre leurs deux foyers. La pièce explore comment Myrto, en grandissant, incarne une « voix terrible » qui expose les mensonges, les compromis et les faiblesses de ses parents. Le récit est structuré par des ellipses temporelles, passant d’une scène à l’autre sans transition linéaire, ce qui reflète l’évolution chaotique de leur relation.

Approche narrative

Contrairement aux autres œuvres de David Lescot, où l’enfant est souvent le protagoniste face au monde, L’Enfant unique adopte un point de vue inversé : ce sont les parents, Abel et Clotilde, qui racontent l’histoire de leur fille. Le texte met en lumière leurs espoirs, leurs peurs et leurs projections sur Myrto, tout en montrant comment elle déjoue leurs attentes. Cette approche permet d’explorer les dynamiques familiales et les tensions entre protection et liberté. La pièce s’inscrit dans une tradition théâtrale où l’enfance est un motif central, comme en témoignent les précédentes créations de Lescot, telles que la trilogie pour jeunes publics J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert, ou encore La Commission centrale de l’enfance et Ceux qui restent.

Style et langage

David Lescot conçoit L’Enfant unique comme une « comédie musicale parlée », où le langage joue un rôle central. Chaque relation (familiale, scolaire, amicale) possède sa propre langue, évoluant avec l’âge de Myrto. Les mots deviennent des mélodies et des rythmes, créant une harmonie entre les dialogues et les intonations. Bien que des instruments comme le piano soient parfois utilisés, l’essentiel réside dans le rythme des échanges, décrit comme des « intonations étirées jusqu’à l’absurde ». Cette technique souligne la complexité des interactions humaines et la manière dont les mots peuvent à la fois unir et diviser. Le metteur en scène souligne que chaque personnage utilise un langage qui lui est propre, reflétant ses émotions et ses intentions.

Évolution du personnage

Myrto passe d’un enfant protégé et choyé à une adolescente qui incarne une critique acerbe de ses parents. Au début, ses parents cherchent à la prémunir de tout danger, mais leur protection devient étouffante. À l’adolescence, Myrto devient une « voix terrible » qui révèle les failles de ses parents, leurs mensonges et leurs renoncements. Cette transformation est marquée par des moments de rébellion et de résistance, notamment lors de la séparation de ses parents. Le récit, qui couvre quatorze ans de sa vie, utilise des ellipses pour sauter d’une période à l’autre, créant un effet de surprise et de discontinuité qui reflète l’instabilité de leur relation.

Ce que ça pourrait changer

La pièce a été créée au Théâtre de Cornouaille à Quimper avant d’être présentée au Théâtre des Abbesses à Paris en octobre 2026. David Lescot, metteur en scène et auteur, est reconnu pour son exploration récurrente de l’enfance dans son œuvre. *L’Enfant unique* marque une évolution dans son approche en se concentrant sur le regard des parents plutôt que sur celui de l’enfant. Cette pièce s’inscrit dans une réflexion plus large sur les relations familiales, la transmission et les attentes parentales. Le théâtre de Lescot est souvent caractérisé par une attention particulière aux mots, aux silences et aux non-dits, ce qui donne à ses pièces une dimension à la fois intime et universelle.

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