Les coulées de boues meurtrières du Népal pourraient-elles advenir en France ?
L’ESSENTIEL Le changement climatique ne peut que favoriser les crues et les coulées de boue. L’Europe en a déjà connu, mais d’ampleur nettement moins spectaculaire que celles survenues au Népal, le 26 août 2026.
Le 26 août 2026, des coulées de boue meurtrières ont frappé le Népal et la Chine, causant la mort d’au moins 1 000 personnes. Ces vagues de boue, d’une ampleur exceptionnelle, ont été déclenchées par des effondrements de glaciers et de roches, combinés à des volumes d’eau massifs. Les images de ces catastrophes ont marqué le monde, soulevant des questions sur la possibilité de tels événements en France. Les conditions géomorphologiques de l’Himalaya, avec d’immenses quantités de glace et de roches, expliquent en partie l’ampleur de cette tragédie. Cependant, des analyses supplémentaires sont nécessaires pour comprendre tous les facteurs ayant contribué à ce désastre.
L’Europe a déjà connu des événements similaires, bien que moins dévastateurs que ceux du Népal. Par exemple, le 28 mai 2025 en Suisse, l’effondrement du glacier du Birch a provoqué une coulée de lave torrentielle qui a détruit le village de Blatten, situé à plus de 1 500 mètres d’altitude. Heureusement, les autorités avaient pu évacuer le village à temps grâce à une surveillance accrue. Le volume de glace et de roches mobilisé était 10 à 20 fois inférieur à celui du Népal. En France, le 21 juin 2024, une coulée de boue a dévasté le village de La Bérarde en Isère, forçant l’évacuation de ses habitants par hélicoptère. Aucun retour n’a été possible depuis.
Les coulées de boue meurtrières ont des origines variées, souvent liées à la fonte des glaces et des roches. Les risques d’origine glaciaire ou périglaciaire (ROGP) désignent les dangers associés à la présence de glace, notamment en haute altitude. Plusieurs phénomènes peuvent les déclencher : les déstabilisations de glaciers, qui provoquent des avalanches de glace et de débris, les poches d’eau intraglaciaires, dont la libération brutale peut entraîner des crues torrentielles, et les lacs glaciaires, dont l’instabilité peut mener à des vidanges rapides. Le permafrost (ou pergélisol), une glace qui cimente les roches, peut fondre et fragiliser les montagnes, favorisant les effondrements. Ces mécanismes sont accélérés par le réchauffement climatique.
Le changement climatique joue un rôle central dans l’augmentation des risques de coulées de boue. La fonte accélérée des glaciers et du permafrost rend les montagnes plus instables, augmentant la probabilité d’effondrements et de coulées. Bien que l’impact exact du réchauffement sur l’événement du Népal reste à confirmer, les conditions climatiques actuelles, marquées par des températures inédites, favorisent clairement ces catastrophes. En Europe, des événements similaires ont déjà été observés, comme l’effondrement de l’aiguille du Midi dans le massif du Mont-Blanc à l’été 2026, lié à la fonte du permafrost.
Pour anticiper ces risques, la France a lancé un Plan de prévention des risques d’origine glaciaire et périglaciaire sous l’égide du Ministère de la transition écologique. Ce plan rassemble des chercheurs, des institutions comme l’Office national des forêts, Météo-France, l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Ses objectifs sont multiples : renforcer la recherche, identifier les zones à risque, surveiller les sites dangereux via des capteurs et des images satellitaires, et sensibiliser la population aux risques. Par exemple, des lacs de montagne comme celui de Tête-Rousse ou du Grand Marchet sont surveillés en permanence.
Plusieurs mesures peuvent être mises en place pour limiter les dégâts. La vidange régulière des lacs glaciaires ou des poches d’eau intraglaciaires permet d’éviter des ruptures soudaines. Ces actions ont déjà été réalisées sur des sites comme le glacier de Tête-Rousse à Saint-Gervais ou le lac du Grand Marchet à Pralognan-la-Vanoise. Les *solutions fondées sur la nature*, comme les forêts ou les ouvrages en bois, peuvent aussi protéger les territoires contre les chutes de blocs. Enfin, l’aménagement du territoire joue un rôle clé : des événements similaires en Alaska, mais dans des zones inhabitées, ont causé moins de dégâts humains, ce qui montre l’importance de limiter l’urbanisation dans les zones à risque.

