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Géopolitique

Quand Barcelone défiait Hitler : les Olympiades antifascistes de juillet 1936

Courrier International · mis à jour il y a 26 j

1936 - Espagne. En réaction aux Jeux olympiques de Berlin, l’Espagne républicaine organise des Olympiades populaires dans la capitale catalane.

Berlin 1936, vitrine nazie

En 1936, Adolf Hitler, dirigeant du Reich nazi depuis 1933, prépare les Jeux olympiques de Berlin comme un outil de propagande pour présenter l'Allemagne comme une puissance renaissante et démontrer la supériorité de la race aryenne. Ces Jeux sont perçus comme une opération de communication internationale pour légitimer le régime nazi, déjà marqué par des mesures antisémites. En effet, depuis 1933, les athlètes juifs allemands sont exclus des clubs, fédérations et installations sportives, et subissent une ségrégation raciale systématique. Pourtant, le Comité international olympique (CIO) maintient son soutien aux Jeux de Berlin, malgré les protestations croissantes, notamment aux États-Unis et en Europe, où des voix s'élèvent pour un boycott. À cette époque, le CIO est présidé par l'Américain Avery Brundage, dont le rôle sera central dans cette affaire.

L'Espagne républicaine boycotte Berlin

Face à la politique nazie, l'Espagne républicaine, dirigée par le Front populaire et gouvernée par la Généralité de Catalogne sous Lluís Companys, décide de ne pas participer aux Jeux olympiques officiels de Berlin. Ce choix est motivé par des raisons politiques : le gouvernement espagnol souhaite protester contre le régime hitlérien et soutenir les athlètes juifs exclus. Plutôt que de se soumettre à l'événement nazi, l'Espagne organise alors une alternative sportive et politique : les Olympiades populaires de Barcelone. Ces Jeux, prévus pour juillet 1936, doivent se tenir sur la colline de Montjuic, un site emblématique de la ville. L'objectif est double : offrir une plateforme sportive aux athlètes antifascistes et contrer la propagande nazie en proposant un événement ouvert et inclusif.

6 000 sportifs antifascistes à Barcelone

Les Olympiades populaires de Barcelone, prévues pour s'ouvrir le 19 juillet 1936, attirent 6 000 sportifs venus du monde entier, principalement d'Europe et d'Amérique. Ces athlètes, souvent engagés politiquement contre le fascisme, répondent à l'appel lancé par l'Espagne républicaine. Parmi eux figurent des participants de 22 nations, dont des athlètes juifs exclus des Jeux de Berlin. L'événement est soutenu par des organisations syndicales et politiques antifascistes, ainsi que par des intellectuels et artistes engagés. Les compétitions, qui devaient se dérouler sur plusieurs jours, promettent d'être un symbole de résistance face à la montée des régimes autoritaires en Europe. Cependant, l'organisation de ces Jeux s'inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par la guerre civile espagnole qui éclatera quelques semaines plus tard.

Ce que ça pourrait changer

Les Olympiades populaires de Barcelone n'auront jamais lieu. Le 17 juillet 1936, deux jours avant l'inauguration prévue, un soulèvement militaire éclate en Espagne, marquant le début de la guerre civile espagnole. Les autorités catalanes, déjà fragilisées, ne peuvent garantir la sécurité des participants. Les Jeux sont donc annulés, et les athlètes doivent quitter la ville dans l'urgence. Cet événement, bien que bref, reste un épisode marquant de l'histoire du sport alternatif et de la résistance antifasciste. Il illustre comment les compétitions sportives peuvent devenir un enjeu politique, surtout dans un contexte de montée des tensions internationales avant la Seconde Guerre mondiale.

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