Quand les écarts de richesse fragilisent la santé des aînés
Les retraités avec un faible patrimoine ont un risque accru d’être en mauvaise santé, révèle une étude..
Au Québec, les écarts de richesse à la retraite sont très marqués, selon une étude de l’Observatoire québécois des inégalités. En 2023, les 10 % de familles les plus riches possédaient un patrimoine net moyen de 3,3 millions de dollars, tandis que les 40 % les plus pauvres n’en détenaient que 17 400 dollars. Le patrimoine net correspond à la valeur totale des biens (maison, épargne, placements, etc.) moins les dettes. Ces inégalités s’expliquent par des parcours de vie différents, notamment des interruptions de carrière, des salaires modestes ou des problèmes de santé, qui limitent la capacité à épargner. Les femmes, les personnes immigrantes, les proches aidants ou les travailleurs autonomes sont particulièrement touchés. Par exemple, les femmes de 65 ans et plus, ayant souvent eu des carrières interrompues pour s’occuper des enfants, se retrouvent sans fonds de pension ou épargne après une séparation ou un divorce.
L’étude révèle un lien bidirectionnel entre patrimoine et santé : un faible patrimoine augmente le risque de mauvaise santé, et une mauvaise santé peut réduire la capacité à accumuler des richesses. Les personnes âgées moins nanties doivent souvent réduire leurs dépenses essentielles, comme l’alimentation, les transports ou les activités sociales, pour subvenir à leurs besoins. Ces restrictions ont des conséquences sur leur santé mentale et physique à long terme. Par exemple, elles renoncent à des soins dentaires ou auditifs non couverts par le régime public, ou limitent leurs déplacements, ce qui aggrave leur isolement. Le chercheur Christian Girard souligne que ces choix difficiles, comme sacrifier des besoins de base pour payer un logement, détériorent progressivement leur bien-être.
Le système de retraite québécois repose sur trois piliers : les prestations fédérales (Sécurité de la vieillesse et Supplément de revenu garanti), les rentes provinciales (Régime de rentes du Québec, RRQ) et l’épargne personnelle (REER, placements). Cependant, ce système ne protège pas suffisamment les personnes ayant eu des carrières incomplètes ou des revenus très bas. Par exemple, les prestataires de l’aide de dernier recours doivent réclamer leur rente RRQ dès 60 ans, ce qui réduit leur pension de 36 % à vie. Le Supplément de revenu garanti, lorsqu’il est combiné à la pension de la Sécurité de la vieillesse, offre un revenu annuel de 25 060 dollars, juste au-dessus du seuil de pauvreté. Avec l’inflation, ce montant devient insuffisant pour couvrir les besoins de base, notamment le logement.
Certains groupes sont particulièrement exposés aux inégalités de patrimoine et de santé à la retraite. Les femmes, souvent exclues du marché du travail rémunéré dans les générations précédentes, accumulent moins d’épargne et dépendent davantage des prestations sociales. Les personnes immigrantes, en situation de handicap, les travailleurs autonomes ou les proches aidants font aussi face à des obstacles structurels. Par exemple, les femmes immigrantes ou en situation de handicap ont des taux d’emploi plus faibles et des salaires inférieurs, ce qui limite leur capacité à épargner. Les prestataires de l’aide sociale, eux, voient leur patrimoine se réduire pour survivre, ce qui les enferme dans un cycle de précarité.
L’Observatoire québécois des inégalités formule plusieurs recommandations pour réduire ces inégalités. Il propose d’abolir la règle qui réduit la rente RRQ de 36 % pour les prestataires de l’aide de dernier recours, afin qu’ils puissent conserver un revenu décent. Il suggère aussi de bonifier le *Supplément de revenu garanti* pour le rendre plus protecteur face à l’inflation. Autre piste : améliorer l’accès aux soins de santé non couverts par le régime public (dentaire, auditif) via des aides directes plutôt que des crédits d’impôt. L’Observatoire recommande également de développer des logements abordables, des coopératives d’habitation pour aînés et des services de maintien à domicile. Enfin, il plaide pour simplifier le système de retraite, souvent complexe même pour les experts, et renforcer le soutien aux proches aidants.

