Quand les écarts de richesse fragilisent la santé des aînés
L’étude de l’Observatoire québécois des inégalités révèle un cercle vicieux où les inégalités de patrimoine à la retraite exacerbent les problèmes de santé des aînés, tandis que la précarité financière les prive des ressources nécessaires pour y faire face. Cette dynamique, à la fois cause et conséquence des disparités socio-économiques, interroge la capacité des systèmes de protection sociale à atténuer ces fractures générationnelles et genrées, alors que le Québec affiche des écarts de richesse vertigineux entre les retraités les plus favorisés et les plus vulnérables.
Quels sont les mécanismes concrets par lesquels les écarts de patrimoine influencent la santé des aînés au Québec ?
Les chercheurs identifient une relation bidirectionnelle où un faible patrimoine limite l’accès à des soins préventifs, une alimentation équilibrée ou une mobilité adaptée, tandis que les chocs économiques (séparation, perte d’emploi, maladie) épuisent les réserves financières, réduisant encore davantage la capacité à investir dans sa santé. Par exemple, les retraités les moins nantis doivent souvent sacrifier des dépenses essentielles comme le logement ou les transports, ce qui aggrave leur vulnérabilité physique et mentale à long terme.
Pourquoi les femmes âgées sont-elles particulièrement touchées par cette précarité patrimoniale et sanitaire ?
Les femmes de 65 ans et plus au Québec ont souvent connu des trajectoires professionnelles discontinues, marquées par des normes sociales défavorables (travail non rémunéré, absence de fonds de pension) et des événements comme des divorces ou des veuvages qui les plongent dans une précarité accrue. Leur patrimoine moyen, déjà inférieur à celui des hommes, se trouve encore fragilisé par ces ruptures, sans filet de sécurité suffisant malgré les prestations gouvernementales.
Quels sont les principaux piliers du système de retraite québécois et comment contribuent-ils (ou non) à réduire ces inégalités ?
Le système repose sur trois piliers : les prestations fédérales (sécurité de la vieillesse et supplément de revenu garanti), les rentes provinciales (RRQ) et l’épargne personnelle (REER, régimes de pension). Si ces dispositifs atténuent partiellement les inégalités, leur efficacité est inégale : les aînés sans emploi rémunéré ou sans épargne accumulée restent exclus de certains avantages, tandis que des règles comme la réduction de 36 % de la rente RRQ pour les prestataires de l’aide de dernier recours aggravent leur précarité.
Ce que ça pourrait changer
Cette étude souligne l’urgence de repenser les politiques sociales pour briser le cycle de la précarité, notamment en simplifiant l’accès aux prestations et en ciblant les soins de santé pour les aînés à faible revenu. Sans réforme, les inégalités patrimoniales risquent de se transmettre aux générations futures, avec des conséquences sanitaires et sociales durables, tandis que le coût humain et économique de l’inaction pourrait s’alourdir avec le vieillissement de la population.

