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Charles de Gaulle, héros de la France libre : une représentation qui a évolué dans la mémoire nationale ?

The Conversation France · mis à jour il y a 21 j

« Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France » Le 25 août 1944, depuis l’hôtel de ville de la capitale, le général de Gaulle lance ces mots célèbres aux Françaises et aux Français, scellant sa posture mythique de héros de la Libération et de la France libre. Comment cette représentation a-t-elle été forgée et comment s’est-elle transformée, sur les écrans et dans les librairies ? Comme chaque année, la France commémore entre juin et août les débarquements (6 juin 1944 en Normandie, 15 août 1944 en Provence) ainsi que la libération progressive du territoire national .

Appel du 18 juin

Le 18 juin 1940, depuis Londres, le général de Gaulle lance un appel radiodiffusé à la résistance contre l'occupation allemande de la France. Cet appel, retransmis par la BBC, marque la naissance de la France libre, un mouvement de résistance organisé depuis l'étranger. Condamné à mort par le régime de Vichy le 2 août 1944 pour trahison, de Gaulle devient une figure controversée : les partisans de Vichy le décrivent comme un traître, tandis que ses opposants le voient comme un symbole de résistance. Son visage ne se diffuse largement auprès du public français qu'à partir de 1944-1945, lors de la Libération, où il est associé à son uniforme de général de brigade.

Mémoire résistancialiste

Après la Seconde Guerre mondiale, la France se reconstruit autour du mythe résistancialiste, une narration collective selon laquelle la majorité des Français auraient participé à la Résistance. Le général de Gaulle incarne ce récit en tant que père de la France libre. Cependant, des acteurs comme le Parti communiste français (PCF) contestent cette vision, affirmant que la Résistance était minoritaire et moins héroïque. Malgré ces critiques, les gaullistes imposent progressivement leur narration. Des événements comme la panthéonisation de Jean Moulin en 1964 ou le film La Bataille du rail (1946) renforcent ce mythe.

Démystification années 1970

À partir des années 1970, des œuvres comme le documentaire Le Chagrin et la Pitié (1971) de Marcel Ophüls et l'ouvrage La France de Vichy (1972) de Robert Paxton remettent en cause le mythe résistancialiste. Ils révèlent la réalité d'une France largement collaborationniste et d'une Résistance moins unie. Des films comme Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle ou Adieu Poulet (1975) dépeignent des résistants ambivalents ou des gaullistes violents. Malgré cette démystification, la figure de de Gaulle reste préservée : aucun réalisateur n'ose l'incarner de son vivant, comme l'explique René Clément en 1970 : « Je peux incarner le diable, mais pas le bon Dieu ».

Représentations cinématographiques

Après la mort de de Gaulle en 1970, des films commencent à le représenter, comme Chacal (1973) où Adrien Cayla-Lagrand incarne un général traqué. Les décennies suivantes voient une alternance entre des représentations héroïques et des caricatures humoristiques. Par exemple, la bande dessinée De Gaulle à la plage (2015) ou la série Un général, des généraux (2020) le dépeignent comme un vieillard sénile. En revanche, des films récents comme De Gaulle (2020) tentent de l'humaniser en montrant ses doutes et son attachement familial, tandis que La Bataille de Gaulle (2026) insiste sur son isolement et son caractère grandiloquent.

Ce que ça pourrait changer

Au XXIe siècle, le général de Gaulle devient un *refuge mémoriel* pour les Français, associé à une période de grandeur nationale. Son héritage politique est revendiqué par tous les bords : de l'extrême droite à la gauche, en passant par les socialistes et les communistes. Des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon (LFI) comparent leur politique étrangère à celle du Général. Cette récupération politique s'accompagne d'une nostalgie pour les années 1960, perçues comme une époque de puissance et d'influence pour la France. Les commémorations du 18 juin et des débarquements de 1944 restent des moments clés où cette mémoire est mobilisée.

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