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Droit

Le droit européen dans une société de l'ennemi

Univ-Droit : science politique · mis à jour à l'instant

Séminaire organisé par l'UMR DICE, l'ILF, le CERIC, Aix-Marseille Université avec l'IE2IA et le CDPC, Universités de Pau et Pays de l'Adour et Toulon ainsi que Sciences Po AixLire la suite....

Société de l'ennemi

Le concept de société de l'ennemi renvoie à une vision où les relations sociales et politiques sont marquées par une logique de confrontation permanente, où l'autre est perçu comme une menace plutôt que comme un partenaire. Cette idée, inspirée des travaux du philosophe allemand Carl Schmitt, s'applique ici au contexte européen contemporain. Dans une telle société, les règles de droit, y compris le droit européen, sont souvent mobilisées pour protéger les États ou les groupes dominants contre des ennemis intérieurs ou extérieurs, réels ou supposés. Les mécanismes juridiques, comme les directives ou les règlements de l'Union européenne, peuvent ainsi servir à renforcer les frontières, limiter les migrations ou encadrer les libertés au nom de la sécurité. L'article interroge la manière dont le droit européen, conçu initialement pour favoriser la coopération et l'intégration, s'adapte ou se transforme face à cette logique de méfiance et de division.

Droit européen en mutation

Le droit européen, ensemble des règles et institutions qui structurent l'Union européenne (UE), est traditionnellement fondé sur des principes comme la libre circulation, la protection des droits fondamentaux ou la coopération judiciaire. Cependant, depuis plusieurs années, il est confronté à des défis majeurs qui remettent en cause ces fondements : crises migratoires, montée des nationalismes, tensions géopolitiques (comme la guerre en Ukraine) ou encore la pandémie de COVID-19. Ces événements ont conduit à une réorientation partielle du droit européen, avec des mesures comme le renforcement des frontières extérieures de l'UE, la restriction de l'asile ou l'adoption de sanctions économiques. L'article souligne que cette évolution reflète une adaptation du droit à une société où la notion d'ennemi, qu'il soit un État rival ou un groupe social perçu comme une menace, devient centrale dans les débats politiques et juridiques.

Enjeux pour les droits fondamentaux

L'un des principaux défis posés par cette société de l'ennemi au droit européen concerne la protection des droits fondamentaux, garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'UE et la Convention européenne des droits de l'homme. Des mesures comme les contrôles aux frontières, la surveillance accrue ou les restrictions à la liberté d'expression, bien que justifiées par des impératifs de sécurité, peuvent entrer en tension avec ces droits. Par exemple, la directive européenne sur les données personnelles (RGPD) a parfois été contournée au nom de la lutte contre le terrorisme. L'article interroge donc l'équilibre entre sécurité et libertés dans un contexte où la perception de l'ennemi influence directement l'application du droit. Les débats portent notamment sur la légitimité de ces restrictions et leur conformité avec les valeurs fondatrices de l'UE.

Rôle des institutions européennes

Les institutions de l'UE, comme la Commission européenne, le Parlement européen ou la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), jouent un rôle clé dans cette adaptation du droit européen. La Commission, par exemple, propose des textes législatifs qui reflètent souvent les priorités sécuritaires des États membres, comme le Pacte sur la migration et l'asile adopté en 2024. Le Parlement européen, élu par les citoyens, peut tempérer certaines mesures restrictives, mais son pouvoir reste limité face aux décisions intergouvernementales. Quant à la CJUE, elle est chargée de veiller à ce que ces mesures respectent le droit européen, mais ses décisions sont parfois contestées par les États. L'article met en lumière les tensions entre ces institutions et leur capacité à concilier sécurité et respect des droits, dans un contexte où la logique de l'ennemi domine les débats politiques.

Ce que ça pourrait changer

L'article souligne également les critiques adressées à cette évolution du droit européen. Certains juristes et universitaires, comme ceux participant à la manifestation scientifique organisée sur ce thème, s'interrogent sur les risques d'une dérive autoritaire ou d'une instrumentalisation du droit à des fins politiques. Ils pointent notamment le manque de transparence dans l'adoption de certaines mesures, comme les accords de réadmission avec des pays tiers pour limiter l'immigration, ou encore l'usage de l'état d'urgence comme outil permanent de gestion des crises. Ces critiques soulèvent une question fondamentale : dans une société de l'ennemi, le droit européen peut-il encore jouer son rôle originel de cadre pacificateur et protecteur, ou devient-il un instrument au service de la division ?

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