Quiz – De la grossesse à l’accouchement, les pères s’impliquaient déjà dans la naissance des enfants aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles
*La Visite à la nourrice* (vers 1775), par Jean-Honoré Fragonard. Wikimedia Commons Grossesse, naissance, paternité… Au XVIIIᵉ et au XIXᵉ siècles, ces moments de la vie familiale étaient entourés de pratiques et de représentations bien différentes des nôtres.
Contrairement à une idée reçue, les pères des XVIIIe et XIXe siècles s’impliquaient activement dans la grossesse, l’accouchement et les premiers mois de vie de leur enfant. Cette période est souvent associée à une vision traditionnelle où la mère était seule au centre des soins et des décisions liées à la naissance. Pourtant, des archives historiques, des correspondances familiales et des œuvres artistiques de l’époque, comme le tableau La Visite à la nourrice (vers 1775) de Jean-Honoré Fragonard, montrent des pères présents aux côtés de leur épouse pendant la grossesse, assistant aux accouchements ou participant aux soins du nouveau-né. Cette implication variait selon les milieux sociaux, mais elle était plus courante qu’on ne le pense généralement.
Les pères de l’époque jouaient un rôle actif lors des accouchements, bien que leur présence ne soit pas systématique. Dans les milieux aisés, ils pouvaient être présents dans la chambre de naissance, soutenant leur épouse physiquement et moralement. Dans les milieux populaires, leur rôle était souvent plus limité, mais ils participaient aux décisions médicales ou logistiques, comme le choix d’une sage-femme ou d’une nourrice. Les archives révèlent aussi que certains pères rédigeaient des journaux de grossesse, où ils notaient les progrès de leur épouse et les conseils reçus des médecins. Ces pratiques montrent une forme de co-parentalité avant l’heure, où la responsabilité de l’enfant était partagée.
Une fois l’enfant né, les pères des XVIIIe et XIXe siècles s’occupaient souvent de son éducation et de son bien-être, même si la mère restait la principale figure de soins. Dans les familles bourgeoises, le père pouvait superviser l’embauche d’une nourrice ou d’une gouvernante, ou encore choisir un précepteur pour l’éducation future de l’enfant. Les pères étaient aussi impliqués dans les décisions concernant la santé de l’enfant, comme le choix d’un médecin ou d’un remède. Les correspondances familiales de l’époque regorgent de lettres où les pères s’inquiètent de la santé de leur enfant ou donnent des conseils à leur épouse sur les soins à prodiguer. Cette implication reflète une vision de la paternité centrée sur la responsabilité et l’engagement.
Les œuvres artistiques de l’époque, comme les peintures ou les gravures, illustrent cette implication des pères. Par exemple, le tableau La Visite à la nourrice (vers 1775) de Fragonard représente un père à genoux, penché vers son enfant dans un couffin, entouré de sa femme et d’une nourrice. Ces représentations montrent que la paternité n’était pas perçue comme un rôle passif, mais comme une participation active à la vie familiale. Ces images, diffusées dans les milieux aisés, ont contribué à normaliser cette vision de la paternité. Elles reflètent aussi les attentes sociales de l’époque, où un père devait être présent et investi dans la vie de son enfant.
L’implication des pères variait considérablement selon les milieux sociaux. Dans les familles bourgeoises ou aristocratiques, les pères avaient souvent plus de temps et de ressources pour s’investir dans la grossesse, l’accouchement et l’éducation de leurs enfants. Ils pouvaient se permettre de suivre les conseils des médecins ou de participer aux soins du nouveau-né. En revanche, dans les milieux populaires, les pères devaient souvent travailler pour subvenir aux besoins de la famille, ce qui limitait leur présence. Leur rôle se concentrait alors sur des aspects logistiques ou financiers, comme le paiement des soins ou le choix d’une nourrice. Ces différences montrent que l’implication paternelle était aussi une question de classe sociale.
Au XVIIIe et XIXe siècles, les pratiques médicales autour de la naissance évoluaient. Les accouchements, autrefois réservés aux sages-femmes, commençaient à être médicalisés, avec l’intervention de médecins. Cette transition a parfois marginalisé le rôle des pères, car les médecins prenaient une place centrale dans les décisions. Cependant, dans certains cas, les pères continuaient à jouer un rôle actif, notamment en soutenant leur épouse ou en participant aux choix médicaux. Les archives montrent que les pères des milieux aisés pouvaient même financer des soins ou des traitements pour leur épouse ou leur enfant, reflétant une forme de pouvoir décisionnel dans la sphère familiale.

