La précarité du travail a été multipliée par deux en quarante ans
La précarité du travail a fortement augmenté depuis les années 1980. Elle touche principalement les jeunes et les peu diplômés.
En 2024, 16 % des emplois salariés en France sont considérés comme précaires, selon les données de l’Insee analysées par l’Observatoire des inégalités. Ce chiffre est deux fois plus élevé qu’en 1980, où seulement 7 % des emplois présentaient un statut précaire. La précarité désigne ici les emplois instables, comme les contrats à durée déterminée (CDD), l’intérim ou les contrats d’apprentissage. Ces formes d’emploi, qualifiées par l’Insee de « formes particulières d’emplois », limitent la stabilité financière et professionnelle des travailleurs. Entre 1985 et 2000, la précarité a fortement augmenté, passant de 7 % à 13,8 %, avant de se stabiliser avant de repartir à la hausse à partir des années 2000. Depuis 2017, le taux reste élevé à 16 %, malgré une légère baisse en 2020 liée aux confinements sanitaires, qui ont suspendu de nombreux contrats courts.
La précarité ne touche pas tous les salariés de la même manière. Les jeunes de moins de 25 ans et les personnes peu diplômées sont les plus exposés. En 2024, 56 % des salariés de moins de 25 ans occupent un emploi précaire, un chiffre qui a presque triplé depuis 1982, où il était de 18,7 %. Ce taux a même dépassé les 50 % dès 1999 et atteint 58,5 % en 2016 avant de redescendre légèrement. Les contrats d’apprentissage, bien que liés à une formation, sont comptabilisés comme précaires car leur durée est limitée. Les ouvriers peu qualifiés sont également très concernés : 20 % d’entre eux ont un emploi précaire, soit trois fois plus que les cadres supérieurs, dont seulement 6,7 % sont dans cette situation. Les femmes restent légèrement plus touchées que les hommes (16,6 % contre 15,2 %), mais l’écart se réduit progressivement.
Malgré une baisse du chômage entre 2020 et 2023, le taux de précarité est resté stable à 16 %. Cette situation s’explique en partie par une augmentation des contrats d’apprentissage, qui sont précaires mais comptabilisés comme des emplois. En effet, la réduction du chômage a été partiellement obtenue grâce à ces contrats, qui masquent une réalité moins favorable. Les politiques publiques espéraient que la baisse du chômage entraînerait une hausse des contrats à durée indéterminée (CDI), plus stables, mais cela n’a pas été le cas. Cette stabilisation interroge, d’autant que le chômage a recommencé à augmenter depuis 2023, ce qui pourrait aggraver la précarité à l’avenir.
La précarité du travail a des répercussions majeures sur la vie des individus et la société. Elle limite les perspectives d’avenir, notamment pour les jeunes, et peut empêcher une insertion durable dans le monde professionnel. Cette instabilité financière et professionnelle génère de l’**anxiété** et des **tensions sociales**, en alimentant un sentiment d’insécurité. Les travailleurs précaires ont plus de difficultés à accéder à des prêts, à se loger ou à fonder une famille, ce qui renforce les inégalités. Pour les décideurs politiques, le défi est double : créer davantage d’emplois stables tout en réduisant la part des contrats précaires, afin de limiter les risques de précarité à long terme.

