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Philosophie

Marcher séparément, frapper ensemble

Contretemps · mis à jour il y a 28 j

Un texte récent de Houria Bouteldja a agité toute une partie du mouvement antiraciste et de la gauche radicale en plein cœur du mois d’août. Hafiza b.

Contexte politique

L’article aborde une polémique autour de l’affaire Barbara Butch, une interruption controversée d’un DJ set à Grenoble en 2026. Alors que ce conflit a mobilisé l’attention médiatique et politique pendant des semaines, d’autres enjeux majeurs comme le génocide en Palestine occupée ont été relégués au second plan. Cette situation illustre une hiérarchisation des luttes sociales et politiques, où certains événements sont amplifiés au détriment d’autres, plus graves mais moins médiatisés. L’auteure, Houria Bouteldja, propose des orientations stratégiques pour les élections présidentielles de 2027, notamment en matière d’antiracisme et d’alliances politiques.

Affaire Barbara Butch

L’affaire Barbara Butch désigne l’interruption d’un DJ set à Grenoble par des militant·es, un événement qualifié de « non-événement » par l’auteure. Cependant, cette interruption est présentée comme une manifestation réussie d’un rapport de force, montrant la capacité à passer de la protestation à l’action concrète pour empêcher un événement. L’auteure souligne que la gauche sociale-démocrate, comme lors d’autres crises (ex. : mort de Quentin Deranque), a adopté une position similaire, confirmant sa déshérence. Bouteldja critique la frilosité des allié·es et des masses blanches, proposant un repli temporaire des militant·es antiracistes.

Proposition stratégique

Houria Bouteldja propose d’abandonner temporairement la revendication d’abrogation de la loi du 15 mars 2004, qui interdit le port de signes religieux « ostensibles » dans les écoles publiques. Cette loi est considérée comme un symbole de l’islamophobie d’État. L’auteure justifie cette proposition par trois arguments : faciliter la victoire de la France insoumise (FI) en évitant les clivages identitaires, l’absence supposée de mouvement contre cette loi, et une logique dialectique où ce renoncement mènerait à une victoire future. Le NPA-L’Anticapitaliste rejette cette stratégie, la qualifiant d’opportuniste et de subordination des luttes antiracistes aux objectifs de la FI.

Critique de l'opportunisme

Le NPA-L’Anticapitaliste critique la proposition de Bouteldja comme une forme d’opportunisme politique, c’est-à-dire une tactique qui privilégie des avancées immédiates et faciles au détriment de la construction d’un mouvement de longue haleine. L’opportunisme ici consiste à confondre des petites victoires avec une stratégie réelle de conquête du pouvoir. L’auteure souligne que cette approche risque de diluer les revendications antiracistes dans une alliance avec la FI, reproduisant des logiques de cooptation historiques. Elle rappelle que Trotski, dans ses thèses de 1922, rejetait tout accord politique limitant la liberté d’agitation et de critique des révolutionnaires.

Front unique vs alignement

Le NPA-L’Anticapitaliste défend l’idée d’un front unique antiraciste et antifasciste, où les organisations révolutionnaires maintiennent leurs revendications transitoires sans les sacrifier pour s’allier à la FI. Bouteldja propose au contraire une stratégie d’alignement, où les luttes antiracistes s’effacent temporairement pour soutenir la FI, dans l’espoir d’une réciprocité future. Le NPA considère cette approche comme une dissolution politique, où les racisé·es perdent leur autonomie au profit d’une social-démocratie blanche. L’auteure critique cette vision, qui place la stratégie des racisé·es sous la dépendance des blanc·hes indécis·es.

FI et QG décolonial

Houria Bouteldja affirme que la France insoumise (FI) serait « le butin de guerre » du QG décolonial, une organisation antiraciste autonome. Le NPA-L’Anticapitaliste rejette cette affirmation, soulignant que la FI dirige sa stratégie de manière indépendante, sans rendre de comptes aux mouvements autonomes. L’auteure cite l’exemple du meeting de lancement de la campagne antiraciste de la FI à Clichy-sous-Bois, où aucune organisation antiraciste n’a été conviée. De plus, la FI défend une conception de l’universalisme républicain en rupture avec les positions décoloniales, qui insistent sur la mémoire et la lutte contre la colonialité.

Loi de 2004 et compromis

La loi du 15 mars 2004, interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, est au cœur du débat. Le NPA-L’Anticapitaliste considère que l’abandon de la revendication d’abrogation de cette loi constitue un compromis dangereux, voire une compromission. Bouteldja propose de mettre cette lutte de côté pour se concentrer sur d’autres priorités, comme le programme social de la FI. Le NPA souligne que cette approche risque de normaliser une loi discriminatoire et de fragiliser les luttes antiracistes. L’auteure rappelle que cette loi s’inscrit dans une logique de sécularisation de la cosmologie chrétienne et nie une partie de l’identité des individus.

Ce que ça pourrait changer

Le NPA-L’Anticapitaliste défend l’autonomie politique des racisé·es, c’est-à-dire leur capacité à définir leurs propres stratégies et revendications sans dépendre des organisations blanches ou de la FI. Bouteldja propose au contraire une stratégie où les racisé·es ajustent leurs priorités en fonction des attentes des blanc·hes indécis·es, ce qui revient à une hétéronomie. Le NPA souligne que cette approche reproduit des logiques de domination historiques, où les luttes antiracistes sont subordonnées aux objectifs d’une social-démocratie blanche. L’auteure critique cette vision, qui nie l’autonomie politique des racisé·es et renforce leur dépendance.

Sujets complémentaires

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