Maisons d’artiste : pour une histoire de l’art au présent 5/5 : Maison-musée Yvonne Jean-Haffen : une fenêtre sur la Bretagne
Direction la Bretagne, à la Maison-musée de la peintre Yvonne Jean-Haffen, à Dinan. Si son ancienne locataire reste une grande oubliée de l’histoire de l’art, cette demeure bretonne n’a cessé d’attirer peintres et dessinateurs.
Yvonne Jean-Haffen est une figure majeure de l’Art déco, un mouvement artistique né dans les années 1920, caractérisé par des formes géométriques, des couleurs vives et une inspiration moderne. Pourtant, son nom reste méconnu du grand public. Née en 1895, elle s’impose comme une artiste polyvalente, réalisant notamment des décorations pour des paquebots, ces immenses navires de croisière. En 1937, elle quitte Paris pour s’installer en Bretagne, à Dinan, attirée par les paysages de la Rance, un fleuve côtier. Elle y achète une maison qu’elle baptise La Grande Vigne. Cette demeure, transformée en maison-musée après sa mort, permet aujourd’hui de redécouvrir son œuvre et sa personnalité. La première biographie qui lui est consacrée, publiée en mars 2026 par Geneviève Haroche-Bouzinac, met en lumière son parcours et son héritage artistique.
En 1937, Yvonne Jean-Haffen cherche un lieu pour se ressourcer loin de l’agitation parisienne. Elle visite plusieurs maisons en Bretagne avant de tomber sous le charme d’une demeure à Dinan, située au bord de la Rance. Cette maison, qu’elle achète, devient bien plus qu’un simple logement : un espace de création et d’inspiration. Elle y aménage un atelier avec une verrière, une grande baie vitrée permettant une lumière naturelle idéale pour peindre. Tout au long de sa vie, elle explore les paysages environnants, capturant la lumière changeante et les paysages bretons à travers des centaines de dessins et de peintures. Cette maison reflète son attachement à la Bretagne et son besoin de s’isoler pour travailler.
À la fin de sa vie, Yvonne Jean-Haffen effectue un voyage en Angleterre où elle découvre des maisons d’écrivains gérées par le National Trust, une organisation britannique dédiée à la préservation du patrimoine. Inspirée par ce modèle, elle décide de faire don de sa maison à la ville de Dinan en 1982, à l’âge de 87 ans. Cette donation inclut une clause importante : elle souhaite que la petite maison attenante, appelée La Vignette, devienne un lieu de résidence pour des artistes en résidence. Ainsi, elle perpétue sa vision d’un art accessible et vivant, tout en assurant la préservation de son œuvre. Cette démarche montre son engagement pour le patrimoine et sa volonté de transmettre sa passion.
Yvonne Jean-Haffen partage sa vie avec Mathurin Méheut, un peintre officiel de la marine, connu pour ses représentations de la vie maritime. Méheut fut à la fois son maître et son amant, une relation complexe et secrète pour l’époque. Leur correspondance, composée de 1 500 lettres ornées de dessins à la gouache, témoigne de leur complicité artistique et personnelle. Ces lettres, semi-clandestines, devaient éviter le regard de Marguerite Méheut, l’épouse de Mathurin. Aujourd’hui, la chambre d’ami de la maison porte encore les initiales de Méheut, gravées sur la porte, comme un hommage discret à leur histoire. Leur relation illustre les défis et les libertés des artistes dans la société des années 1930.
Aujourd’hui, la maison d’Yvonne Jean-Haffen à Dinan est un lieu unique qui permet de plonger dans l’univers de l’artiste. L’atelier, avec sa verrière emblématique, offre une vue imprenable sur la Rance et les paysages bretons qu’elle a tant aimés. La maison-musée conserve également des archives précieuses, comme ses dessins et ses lettres, qui éclairent son parcours. Depuis 2019, des artistes en résidence y travaillent, perpétuant l’esprit de création initié par Yvonne Jean-Haffen. Ce lieu ne se contente pas de présenter son œuvre : il invite à découvrir une artiste visionnaire, dont la maison est devenue un symbole de l’art breton et de l’Art déco.

