La stigmatisation médiatique des personnes migrantes
Sur TikTok, des vidéos créées à l’aide de l’intelligence artificielle mettent en scène des figures de migrants accostant sur les côtes anglaises. Elles reprennent l’esthétique de l’image amateur au smartphone autant que les codes du reportage.
Des vidéos générées par intelligence artificielle (IA) circulent sur TikTok sous le hashtag #migrants. Ces créations, apparues en 2026, simulent des scènes de migrants arrivant sur les côtes anglaises. Elles utilisent des descriptions textuelles pour produire des images qui imitent l’esthétique des vidéos amateurs filmées avec un smartphone, comme des cadrages tremblés ou une lumière naturelle. Ces vidéos sont minoritaires mais largement partagées, ce qui révèle un changement dans la manière dont les récits visuels sur les migrations sont fabriqués. Elles ne reposent pas sur un montage d’images existantes, mais sur une création intégrale de faux contenus, nourrissant ainsi des imaginaires de peur et de méfiance envers les personnes migrantes.
L’article distingue deux formes principales de ces vidéos générées par IA. La première est le faux témoignage, où des hommes, souvent représentés comme des migrants, se filment en mode selfie pour exprimer leur soulagement après une traversée. La seconde est le faux reportage de terrain, où des prétendus journalistes interrogent des migrants à leur arrivée, en utilisant des codes visuels similaires à ceux des reportages traditionnels. Ces deux formats exploitent les clichés du vrai, c’est-à-dire des éléments qui donnent l’impression d’authenticité, comme des sons imparfaits ou des images floues, pour renforcer leur crédibilité auprès du public.
Ces vidéos sont produites à partir de brèves descriptions textuelles fournies à un outil d’IA, puis diffusées sur les réseaux sociaux. Leur propagation est facilitée par les algorithmes des plateformes, qui suggèrent des contenus similaires après quelques visionnages. Par exemple, après avoir regardé une vidéo montrant des migrants débarquant en Angleterre, l’algorithme peut proposer d’autres vidéos du même type, avec des scènes répétitives : mêmes côtes, mêmes embarcations, mêmes réactions de soulagement. Cette répétition renforce les stéréotypes et les peurs associées aux migrations.
Ces vidéos fabriquées contribuent à façonner les représentations des migrations dans l’opinion publique. En imitant les formats de l’image amateur ou du reportage, elles donnent une illusion de réalité, ce qui peut rendre ces contenus plus persuasifs que des images authentiques. Elles alimentent des fantasmes comme la peur de l’invasion migratoire ou le désir de voir ces scénarios se matérialiser à l’écran. L’article souligne que ces productions, bien que minoritaires, jouent un rôle dans la diffusion de récits xénophobes, en normalisant des images déformées des personnes migrantes.
L’article a été rédigé par Anthony Blanc, chercheur en études cinématographiques et audiovisuelles, et publié le 12 août 2026 sur le site *AOC.media*. Il s’agit d’une rediffusion d’un texte initialement publié le 11 février 2026. Le chercheur analyse ici un phénomène récent, lié à l’évolution des technologies numériques et à leur utilisation pour créer des contenus migratoires fictifs, qui influencent les perceptions sociales et politiques des migrations.

