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Généraliste

Des enseignants analysent les promesses des partis en éducation

ICI Radio-Canada · mis à jour 1 oct.

Bons coups, fausses bonnes idées, angles morts, quatre enseignants donnent leurs impressions sur la campagne..

École à trois vitesses

L'expression école à trois vitesses désigne la coexistence de trois types d'écoles au Québec : l'école publique régulière, l'école publique avec un projet pédagogique particulier (PPP, comme des programmes spécialisés en musique ou en sciences) et l'école privée subventionnée. Ce système crée des inégalités, car les écoles privées et certaines écoles publiques avec PPP sélectionnent souvent leurs élèves, laissant les écoles régulières avec une concentration plus élevée d'élèves en difficulté. Selon Sylvain Duclos, enseignant de mathématiques, ajouter des PPP ou des programmes avec concentration ne résout pas le problème de fond, qui est la surcharge des classes régulières en élèves en difficulté. Les partis politiques proposent des solutions variées : la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) défendent le régime mixte actuel, tandis que le Parti québécois (PQ) suggère d'obliger les écoles privées à accepter plus d'élèves en difficulté. Québec solidaire (QS) va plus loin en proposant un réseau scolaire commun où les écoles privées perdraient leur financement public si elles continuent de sélectionner leurs élèves.

États généraux en éducation

Les États généraux en éducation sont un grand exercice de consultation proposé par trois partis (PQ, Parti libéral du Québec (PLQ) et QS) pour repenser le système d'éducation québécois. Jonathan Saint-Pierre, enseignant et auteur, y voit une lueur d'espoir, comparant cet exercice à un Rapport Parent 2.0, une référence au rapport de 1963 qui a profondément réformé le système scolaire québécois. Cependant, Tania Longpré, ancienne enseignante en francisation, craint que ces États généraux ne retardent des actions concrètes, car les besoins en ressources humaines, financières et matérielles sont déjà bien documentés. Roxanne Tremblay, enseignante au primaire, est sceptique et estime que ces États généraux pourraient simplement rechauffer la même poutine, c'est-à-dire répéter des discussions sans résultats tangibles. La CAQ et le PCQ s'opposent à cette idée, préférant des réformes ciblées.

Pénurie de personnel scolaire

La pénurie de personnel scolaire est un enjeu majeur au Québec, avec un manque criant d'enseignants, de professionnels de soutien et de personnel spécialisé. Les partis proposent des solutions différentes : QS promet d'embaucher 2000 ressources spécialisées supplémentaires, le PLQ en promet 1000, tandis que le PQ et la CAQ parlent d'offrir plus de services aux élèves en difficulté sans préciser de chiffres. Cependant, les enseignants interrogés soulignent que le problème est plus profond : il n'y a pas assez de personnes formées pour combler ces postes. Jonathan Saint-Pierre rappelle que la CAQ a augmenté les salaires des enseignants, mais que cela ne suffit pas à résoudre le problème de fond. Tania Longpré, qui a quitté le réseau scolaire pour enseigner à l'Université TÉLUQ, ajoute que le système renvoie des enseignants immigrants, comme Imane Benchouk, dont le cas a été médiatisé, aggravant ainsi la pénurie.

Rémunération des stages

La rémunération des stages en enseignement est une promesse électorale soutenue par plusieurs partis (PQ, PLQ et QS), mais qui a été abandonnée par la CAQ après l'avoir initialement appuyée. Actuellement, les étudiants en enseignement effectuent des stages non rémunérés pendant 12 semaines, ce qui pose un problème financier pour beaucoup. Tania Longpré, qui a terminé son baccalauréat en 2007, souligne que cette promesse est attendue depuis près de 20 ans. Elle considère que cette mesure est essentielle pour attirer plus de candidats vers la profession enseignante, surtout dans un contexte de pénurie de personnel. La CAQ avait rétrogradé sur cette promesse lors de son dernier mandat, ce qui a déçu les enseignants.

Formation professionnelle

La formation professionnelle est un autre enjeu clé, avec une pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs comme les mines. Le PQ propose de la valoriser pour lutter contre le décrochage, tandis que la CAQ veut la moderniser pour répondre aux besoins du marché du travail. Jonathan Saint-Pierre, enseignant dans une région minière, soutient ces initiatives, mais met en garde contre une approche qui limiterait les options des élèves, notamment les garçons, en les orientant uniquement vers la formation professionnelle. Il craint que cela ne réduise les opportunités pour ceux qui souhaitent poursuivre des études supérieures, comme au cégep ou à l'université. L'objectif est de trouver un équilibre entre les besoins économiques et les aspirations individuelles des élèves.

Violence à l'école

La violence à l'école est un enjeu sous-estimé lors de la campagne électorale, bien que plusieurs enseignants, comme Roxanne Tremblay, en fassent les frais. Elle déplore que les partis politiques n'abordent pas suffisamment ce sujet, alors que de nombreux enseignants quittent temporairement ou définitivement leur poste en raison d'incidents violents. Elle souligne que les classes adaptées pour les élèves en difficulté sont nécessaires, mais qu'elles doivent s'accompagner d'un soutien accru pour les enseignants. Selon elle, la violence en milieu scolaire est un problème urgent qui nécessite des mesures concrètes, comme l'ajout de personnel de soutien et de ressources pour gérer ces situations.

Financement et gouvernance

Le financement et la gouvernance de l'éducation sont des sujets de débat parmi les partis politiques. QS propose une bonification des budgets en éducation, tandis que le PQ, le PLQ et la CAQ s'engagent à préserver les budgets existants. Le PLQ met en garde contre les yoyos budgétaires, comme celui de 2025, qui a fortement ébranlé le réseau scolaire. En matière de gouvernance, le PCQ propose une réforme structurelle majeure : réduire le nombre de centres de services scolaires (CSS) à 17 et financer directement les écoles, une idée que Sylvain Duclos juge intéressante mais complexe à mettre en œuvre. La CAQ, quant à elle, a centralisé les pouvoirs entre les mains du ministre de l'Éducation via le projet de loi 23 en 2023, ce qui a limité la marge de manœuvre des directions d'écoles.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs propositions des partis ont retenu l'attention des enseignants interrogés. Jonathan Saint-Pierre apprécie l'idée de QS de créer un *programme de dîners gratuits à l'école* pour lutter contre l'*insécurité alimentaire*, un problème croissant parmi les élèves. Il soutient également l'idée de QS de faire des *achats groupés de fournitures scolaires* pour réduire les coûts pour les familles. Sylvain Duclos trouve pertinentes les promesses du PQ et du PCQ en matière d'*activité physique* : le PQ propose 60 minutes de sport par jour, tandis que le PCQ veut augmenter les périodes d'éducation physique et instaurer une *Passe Sport* pour rembourser 100$ de frais d'inscription à une activité physique. Ces mesures visent à améliorer la santé et le bien-être des élèves.

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