Le “burnerverse”, la communauté qui s’amuse à “ruiner la vie” des étudiantes américaines
Une enquête du média américain “Wired” révèle comment le “burnerverse”, communauté consacrée aux échanges autour du sport universitaire sur le réseau social X, s’adonne au cyberharcèlement et au “doxing”, composé d’un “réseau d’hommes anonymes” ciblant de jeunes étudiantes. Aux États-Unis, la presse s’intéresse à cette communauté et s’interroge sur la manière dont les universités réagissent aux affaires de violences sexistes et sexuelles..
En 2024, une étudiante de l’université Cornell, surnommée Jane Doe pour préserver son anonymat, a porté plainte contre sept membres de la fraternité Chi Phi pour viol en réunion. Cette affaire a relancé le débat sur la sécurité des étudiantes américaines sur les campus universitaires. Depuis cette plainte, les réseaux sociaux ont été inondés de messages de solidarité envers les victimes de violences sexuelles, tandis que des essais et articles universitaires ont été publiés pour dénoncer ces violences. Le New York Times a souligné l’ampleur de cette mobilisation en ligne, reflétant une prise de conscience collective des problèmes de violences sexuelles dans les universités américaines.
L’article du New York Times et celui de The Atlantic, écrit par la journaliste Sophie Gilbert, établissent un lien entre l’affaire de Cornell et une enquête publiée par Wired en septembre 2024. Cette enquête révèle comment la culture du viol à l’université et la misogynie en ligne s’alimentent mutuellement. La culture du viol désigne un ensemble de normes sociales, de comportements et de croyances qui minimisent, normalisent ou excusent les violences sexuelles, notamment dans les milieux étudiants. Aux États-Unis, ce phénomène est particulièrement documenté dans les universités, où les agressions sexuelles restent un problème récurrent, souvent sous-estimé ou mal géré par les institutions.
Le burnerverse (surnommé BV ou beev) est une communauté informelle et anonyme sur le réseau social X (anciennement Twitter), composée principalement d’étudiants ou d’anciens élèves des grandes universités américaines. Selon l’enquête de Wired publiée le 14 septembre 2024, l’objectif principal de cette communauté était d’échanger des contenus dégradants, souvent à caractère sexuel, ou de harceler des étudiantes. Les membres du burnerverse publiaient notamment des messages de doxing (la diffusion publique d’informations privées d’une personne sans son consentement) et des propos à connotation sexuelle, visant à nuire à la réputation ou au bien-être psychologique de leurs cibles. Cette communauté illustre la manière dont les violences en ligne et les violences sexuelles hors ligne peuvent se renforcer mutuellement.
Les fraternités, comme Chi Phi mentionnée dans l’affaire de Cornell, sont des associations étudiantes américaines souvent associées à des traditions, des rituels et une forte culture de groupe. Certaines fraternités ont été pointées du doigt pour leur rôle dans la normalisation de comportements sexistes, de harcèlement ou d’agressions sexuelles. Dans l’affaire de Cornell, les sept accusés sont tous membres de la fraternité Chi Phi, ce qui soulève des questions sur la responsabilité des institutions universitaires dans la prévention de ces violences. Les fraternités, bien que souvent perçues comme des espaces de socialisation, peuvent aussi devenir des lieux où se renforcent des dynamiques de pouvoir toxiques, notamment envers les femmes.
Depuis l’affaire de Cornell et la révélation du *burnerverse*, une vague de solidarité s’est formée en ligne, portée par des étudiantes ayant subi des violences sexuelles et leurs soutiens. Ces femmes partagent leurs témoignages, publient des essais ou des articles pour dénoncer les violences dont elles sont victimes, et exigent des changements dans les politiques universitaires. Cette mobilisation reflète une prise de conscience croissante des problèmes systémiques liés aux violences sexuelles dans les universités américaines. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de lutte contre les violences faites aux femmes, tant en ligne que hors ligne, et met en lumière l’importance de la parole des victimes pour briser l’omerta qui entoure souvent ces violences.

