Une équipe de Sherbrooke en mission pour piéger le cancer du cerveau
L'équipe de recherche a développé un traitement qui a permis de guérir des rats lors de la phase préclinique..
Le cancer du cerveau, comme le glioblastome, est une maladie complexe à traiter. Contrairement à d'autres cancers, une tumeur cérébrale se propage progressivement dans les tissus environnants, rendant son éradication totale difficile. Même après une chirurgie pour retirer la tumeur, des cellules cancéreuses restent souvent en place, ce qui explique pourquoi cette intervention n'est généralement pas curative. Une autre difficulté majeure réside dans la barrière hématoencéphalique (une sorte de filtre naturel entre le sang et le cerveau), qui bloque l'accès de nombreux traitements comme la chimiothérapie. Enfin, les tumeurs cérébrales présentent une hétérogénéité tumorale : leurs cellules sont très variées, ce qui complique la recherche d'une cible unique pour les traitements. Environ 1500 personnes sont diagnostiquées chaque année au Canada pour ce type de cancer, considéré comme une maladie rare.
Trois obstacles principaux rendent le traitement du cancer du cerveau particulièrement complexe. Le premier est la propagation des cellules cancéreuses dans le cerveau, qui limite l'efficacité des interventions chirurgicales. Le deuxième est la barrière hématoencéphalique, une membrane protectrice qui empêche les molécules de chimiothérapie d'atteindre les cellules tumorales. Enfin, l'hétérogénéité tumorale signifie que les cellules cancéreuses sont très différentes les unes des autres, ce qui rend difficile la conception d'un traitement universel. Ces défis expliquent pourquoi les taux de survie restent faibles et pourquoi les approches traditionnelles échouent souvent à guérir les patients.
L'équipe du Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CHUS de Sherbrooke, a développé un traitement expérimental appelé GlioTrap. Après l'ablation d'une tumeur cérébrale, une cavité se forme dans le cerveau. Ce traitement consiste à y déposer un gel qui se dégrade progressivement et libère trois substances actives : de la chimiothérapie à libération lente, un radio-isotope (un atome radioactif émettant des radiations sur une courte distance) et une molécule conçue pour attirer les cellules cancéreuses restantes vers le gel, où elles seront détruites. Cette approche vise à piéger et éliminer les cellules tumorales dispersées, une stratégie inédite dans le traitement de ce cancer.
Lors de tests précliniques menés sur des rats, le GlioTrap a montré des résultats prometteurs : la moitié des animaux traités ont été guéris, tandis que les autres ont vu leur survie prolongée sans mortalité précoce. Aucun des spécimens traités n'est décédé prématurément, un résultat qualifié de jamais vu par l'équipe. Gabriel Charest, l'idéateur du projet et professionnel de recherche en radiobiologie, souligne que cette approche multi-cibles (chimiothérapie, radiothérapie et piège moléculaire) est une première. Cependant, les chercheurs restent prudents, car des résultats spectaculaires chez l'animal ne garantissent pas toujours une efficacité chez l'humain.
Pour valider l'efficacité du GlioTrap chez l'humain, l'équipe de Sherbrooke prévoit lancer une phase clinique d'ici deux ans. Cependant, le financement représente un défi majeur, car le glioblastome est une maladie rare (1500 cas par an au Canada), ce qui rend plus difficile l'obtention de fonds importants. De plus, le radio-isotope utilisé a une durée de vie courte et ne peut pas être transporté sur de longues distances, compliquant son déploiement. Gabriel Charest et ses collaborateurs, comme la Pr Brigitte Guérin (Université de Sherbrooke) et le Pr Mohsen Akbari (Université de Victoria), travaillent à améliorer la formule pour faciliter son utilisation.
Si les essais cliniques confirment les résultats préliminaires, le *GlioTrap* pourrait révolutionner le traitement du cancer du cerveau. Il pourrait être combiné à d'autres thérapies existantes, comme la chimiothérapie intra-artérielle, qui a déjà permis de faire passer le taux de survie médian des patients de 7 à 24 mois. Bien que le Dr Fortin insiste sur la nécessité de rester prudent, il qualifie cette approche de *voie de l'avenir*. L'objectif ultime serait de permettre une guérison, mais les chercheurs soulignent que le chemin est encore long avant d'y parvenir.

