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Culture

Nuits et jours de Leonor Fini 3/9 : Plein feu sur... Leonor Fini : "Peindre, c’est une opération bizarre, presque un exorcisme"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 5 j

Décors de théâtre, chats angoras, symboles alchimiques : Francis Ambrière, Georges Huisman et Marcel Brion racontent Leonor Fini, puis l'artiste expose elle-même sa vision du réalisme fantastique et de l'acte de peindre, qu'elle compare à un exorcisme..

Artiste aux multiples talents

Leonor Fini (1907-1996) est une artiste argentine naturalisée française, reconnue pour ses talents de peintre, décoratrice de théâtre et créatrice de costumes et masques. Dans les années 1950, elle est surtout célèbre pour ses décors et costumes de scène, notamment pour des pièces comme Été et fumées de Tennessee Williams ou Bérénice de Racine, jouées au théâtre Marigny à Paris. Son œuvre picturale, bien que moins médiatisée à l'époque, explore un univers onirique et fantastique, marqué par des symboles alchimiques et des représentations de chats angoras. Fini a vécu dans un appartement parisien du Marais, transformé en un espace rempli de tableaux, livres et objets d'art, où six chats angoras partageaient son quotidien. Son approche artistique mêle réalisme et fantastique, avec une technique rigoureuse pour donner une apparence tangible à ses visions intérieures.

Décors de théâtre inspirés

Francis Ambrière, journaliste et éditeur, souligne dans l'émission Plein feu sur les spectacles du monde (diffusée le 16 septembre 1955 sur la Chaîne Nationale de la RTF) le génie de Leonor Fini pour créer des décors de théâtre qui captent l'atmosphère des textes joués. Elle parvient, par exemple, à recréer la pénombre d'un palais italien dans l'espace réduit du Théâtre Saint-Georges pour La Volupté de l'honneur. Fini explique que seuls les peintres peuvent concevoir de vrais décors de théâtre, car ils savent transformer une pièce en un tableau potentiel, c'est-à-dire en une scène qui raconte visuellement l'histoire. Son travail repose sur une écoute attentive du texte et une capacité à traduire des émotions en images, avec une discrétion et une sensibilité qui évitent de distraire le public de l'action scénique.

Vie quotidienne et inspiration

Georges Huisman, historien et haut fonctionnaire, décrit l'univers personnel de Leonor Fini dans son appartement du Marais, un hôtel particulier où coexistent tableaux, dessins, livres et objets précieux. Les six chats angoras de l'artiste y occupent une place centrale, dormant même sur les œuvres les plus fragiles. Huisman insiste sur le lien entre cette vie quotidienne et son art : pour lui, les décors de Fini ne pourraient exister sans sa peinture, qu'elle conçoit comme une activité étudiée, réfléchie et méditée. Cet environnement, à la fois chaotique et organisé, reflète son processus créatif, où chaque détail visuel ou symbolique nourrit son imagination. Son appartement devient ainsi une extension de son atelier, un lieu où l'art et la vie s'entremêlent.

Réalisme fantastique et alchimie

Marcel Brion, écrivain et historien de l'art, replace l'œuvre de Leonor Fini dans la tradition du réalisme fantastique, un mouvement artistique qui cherche à représenter des visions oniriques avec un maximum de réalisme plastique. Il compare son travail à celui d'artistes comme Tanguy ou Dalí, tout en soulignant une différence : Fini n'aurait aucune conscience de l'alchimie symbolique présente dans ses tableaux, comme ceux où des femmes tiennent un œuf, motif récurrent dans son œuvre. Pour Brion, la force de Fini réside dans sa capacité à rendre ses rêves convaincants pour le spectateur, en leur donnant une vérité plastique, c'est-à-dire une apparence tangible et crédible. Cette technique exige une maîtrise technique poussée, où l'artiste doit transformer l'irréel en réel à travers des formes et des couleurs précises.

Peindre comme exorcisme

Dans l'émission, Leonor Fini elle-même explique sa vision de la peinture comme une opération bizarre, presque un exorcisme. Elle décrit la créativité comme le résultat d'une inadaptation à la réalité, d'une révolte ou d'une protestation contre le monde qui l'entoure. Pour elle, le talent artistique est une forme de catharsis, un moyen de libérer des émotions ou des tensions intérieures. Fini évoque des cas où le talent est donné temporairement pour répondre à des besoins spécifiques, avant de disparaître. Elle insiste sur le fait que les tableaux s'expliquent eux-mêmes, car ils sont le reflet d'une vie entière et d'une quête personnelle. Son approche artistique est donc à la fois intime et universelle, mêlant expérience individuelle et expression collective à travers l'art.

Ce que ça pourrait changer

L'émission *Plein feu sur les spectacles du monde* est diffusée le 16 septembre 1955 sur la Chaîne Nationale de la RTF (Radiodiffusion télévision française), ancêtre de France Culture. À cette époque, Leonor Fini est déjà une figure reconnue du monde artistique parisien, mais son œuvre picturale reste moins connue du grand public que ses créations pour la scène. L'émission, produite par Jacques Marcerou et réalisée par René Wilmet, réunit quatre intervenants : Fini elle-même, Francis Ambrière, Georges Huisman et Marcel Brion. Elle s'inscrit dans une série de programmes dédiés aux arts et aux spectacles, visant à faire découvrir des artistes et leurs processus créatifs. Cette archive, conservée par l'Ina (Institut national de l'audiovisuel) et Radio France, offre un témoignage unique sur la pensée et la méthode de Leonor Fini, ainsi que sur le paysage culturel français de l'après-guerre.

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