Comment la Chine a modifié le récit en ligne autour des crues meurtrières au Tibet
La population chinoise n'a accès qu'à des informations partielles concernant la catastrophe, en raison de la campagne gouvernementale Clean Internet 2026..
Le 26 août 2026, des inondations dévastatrices ont frappé le Népal et le Tibet, causant des victimes et des disparitions. Ces crues ont touché des populations de part et d'autre de la frontière, comme Sering Phuntsok, un Tibétain en exil dont les proches sont portés disparus au Tibet, une région administrée par la Chine. Contrairement au Népal, où les autorités publient des listes officielles de victimes, la Chine ne communique pas d'informations similaires pour le Tibet, laissant les familles dans l'incertitude. Les autorités chinoises ont annoncé un bilan officiel de 43 morts, mais des publications en ligne évoquaient jusqu'à 1 000 victimes, ce qui a motivé une répression des discours non officiels.
La Chine a lancé en 2026 une campagne appelée «Clean Internet 2026», une version actualisée d'une politique de longue date visant à contrôler l'espace numérique. Initialement axée sur la lutte contre la cybercriminalité et le piratage, cette campagne s'étend désormais à la censure des «rumeurs» en ligne. Selon le Guardian, elle criminalise tout contenu considéré comme une fausse information, y compris les récits non officiels sur les crues. L'objectif affiché est de lutter contre la désinformation, mais selon Tencho Gyatso, présidente de l'International Campaign for Tibet, cette campagne sert aussi à renforcer le contrôle sur le discours public en Chine.
Les réseaux sociaux chinois, comme WeChat (utilisé par plus d'un milliard de personnes), sont strictement surveillés dans le cadre de cette campagne. Des captures d'écran montrent que des publications sur les inondations ont été supprimées pour «contenu politiquement sensible» ou «violation du règlement». Par exemple, un utilisateur a vu son message signalé et effacé sans explication claire. Quatre jours après la catastrophe, la police tibétaine a recensé dix cas de «rumeurs» en ligne, illustrant la répression systématique des discours alternatifs sur les réseaux sociaux.
Selon David Bandurski, directeur du China Media Project, la répression n'est pas ponctuelle mais systématique et quotidienne. Elle repose sur une politique de manipulation de l'opinion publique plutôt que sur une censure brutale. Les médias officiels mettent en avant les actions de l'État, mais évitent de répondre aux questions essentielles. Un ancien journaliste des médias d'État chinois, s'exprimant sous anonymat, confirme que les contrôles sont devenus plus stricts, notamment sur Internet, bien qu'il existe des nuances et des moyens de contourner ces restrictions.
Un ancien rédacteur en chef de *CGTN*, une chaîne de télévision d'État chinoise, explique que le gouvernement a besoin des journalistes pour obtenir des informations précises, mais limite leur liberté pour éviter de révéler des vérités politiquement sensibles. Cette approche montre un équilibre délicat : les autorités utilisent les médias pour gouverner efficacement, mais craignent que des reportages trop libres ne menacent leurs intérêts ou ne divulguent des informations controversées. Cette stratégie illustre la tension entre contrôle et nécessité d'informations fiables.

