NapseflowNapseflow
Généraliste

Verushka Lieutenant-Duval et le « mot en n », « une blessure ouverte »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 15 j

La controverse entourant le « mot en n » a laissé des traces à l'Université d'Ottawa..

Affaire du mot en n

En automne 2020, Verushka Lieutenant-Duval, chargée de cours en anglais à l’Université d’Ottawa (UO), a été suspendue après avoir prononcé le mot en n dans un cours. Ce terme, historiquement péjoratif, avait été réapproprié par certaines communautés pour lui donner un nouveau sens. Une étudiante, heurtée par ce mot, a porté plainte au doyen, entraînant une sanction immédiate contre Mme Lieutenant-Duval, avant même qu’une enquête ne soit menée. Cette décision a suscité une vive controverse, opposant étudiants et professeurs sur la question de la liberté universitaire et du choix des mots. La polémique a rapidement dépassé les murs de l’université, impliquant même la scène politique fédérale. L’affaire s’est conclue par un arbitrage confidentiel entre Verushka Lieutenant-Duval et l’UO.

Réactions des professeurs

Trente-quatre professeurs de l’UO ont signé une lettre en soutien à Verushka Lieutenant-Duval, affirmant que la liberté académique devait permettre d’enseigner des concepts, y compris des mots historiquement chargés, comme le mot en n. Ils ont comparé cette situation à des livres ou titres contenant ce terme, publiés sans représailles. Leur initiative a été critiquée par le syndicat étudiant de l’UO, qui a qualifié la lettre d’épouvantable et jugé inacceptable la prononciation du mot, quel que soit le contexte. Sur les réseaux sociaux, des publications ont encouragé l’intimidation des signataires, avec des insultes comme fucking frogs visant des membres francophones du groupe. En réponse, quatre professeures ont lancé une pétition contestant les limites de la liberté universitaire et accusant leurs collègues de contribuer au racisme systémique.

Conséquences personnelles

Verushka Lieutenant-Duval a décrit l’affaire comme une blessure ouverte, évoquant un sentiment d’avoir été utilisée comme bouc émissaire pour une cause idéologique. Elle estime avoir perdu cinq ans de sa vie et avoir dû faire le deuil de sa carrière de professeure. Aujourd’hui, elle enseigne dans plusieurs universités (UQAM, UQO, Sherbrooke) en tant que chargée de cours, mais son curriculum vitae a été affecté. Elle travaille aussi comme agente de relations de travail au syndicat des professeurs de l’UQAM, cherchant à transmettre l’expérience qu’elle a vécue. Elle précise que la controverse reste très présente dans son esprit, bien qu’elle ait créé une distance entre elle et la Verushka de l’époque.

Retraites et climat toxique

Plusieurs professeurs ayant soutenu Verushka Lieutenant-Duval ont quitté l’UO ou anticipé leur retraite en raison du climat toxique qui a suivi la controverse. Geneviève Tellier, politologue, a quitté l’université en juillet 2025, six ans après la crise, après avoir limité ses déplacements sur le campus et évité les interactions avec ses collègues. Sylvie Paquerot, 63 ans, a pris sa retraite en 2022, sacrifiant une partie de sa pension pour préserver sa santé mentale. D’autres, comme Isaac Nahon-Serfaty, ont restreint leur enseignement et leur recherche, se sentant dans une situation de normalisation de l’autocensure. Certains, comme Charles Le Blanc, ont cessé de donner de l’argent à l’UO et refusent désormais d’évoquer leur affiliation à l’institution.

Impact sur les relations

La controverse a profondément affecté les relations entre collègues à l’UO. Certains des 34 professeurs signataires ont été perçus comme des personae non gratae, perdant l’estime de certains pairs et subissant des ostracismes. Des étudiants ont refusé d’être encadrés par certains professeurs, et des collaborations entre chercheurs se sont arrêtées. François Charbonneau, politologue, a cessé de participer aux assemblées départementales, bien qu’il n’ait pas été directement ciblé. Marc Brosseau, professeur émérite, a observé que des amitiés se sont refroidies et que certains collègues évitent désormais de s’associer à ces professeurs. Le climat a aussi conduit à une division entre les mondes anglophone et francophone de l’université, chacun ayant des rapports différents au mot en n.

Réponses institutionnelles

L’Université d’Ottawa a mis en place des mécanismes pour protéger les libertés d’expression et académiques, comme un Comité du Sénat sur la liberté académique créé en 2022. Ce comité peut être saisi pour des cas généraux ou récurrents afin d’obtenir des conseils sur les orientations à prendre. Le porte-parole de l’université, Jesse Robichaud, assure que des mesures robustes existent pour permettre aux membres de la communauté universitaire de soulever des préoccupations. Cependant, certains professeurs, comme Joël Beddows, restent sceptiques, estimant que l’administration n’a pas nécessairement appris de l’affaire Lieutenant-Duval. La nouvelle rectrice, Marie-Ève Sylvestre, en poste depuis juillet 2025, n’a pas accordé d’entrevue, mais son administration affirme que des progrès ont été réalisés.

Ce que ça pourrait changer

L’affaire Lieutenant-Duval a aussi permis de libérer une parole sur les enjeux de racisme à l’UO. Babacar Faye, ancien président du syndicat étudiant, souligne que la controverse a mis en lumière la sensibilité des étudiants noirs face aux mots et aux concepts enseignés. Dans les années qui ont suivi, des initiatives ont été lancées, comme des bourses, des programmes et un comité incluant des étudiants noirs. Boulou Ebanda nya B’bedi, professeur de communication, a été conseiller spécial du comité d’action contre le racisme formé après la controverse. Ce comité a permis de créer un espace de dialogue et de révéler les discriminations quotidiennes subies par les étudiants noirs. Ces efforts ont aussi permis d’aborder la manière dont certains sujets, comme les maladies génétiques, sont enseignés sans stigmatiser des groupes spécifiques.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.