L’État fédéral pakistanais prend le contrôle d’une province après des manifestations
Les partisans de l’ancien Premier ministre emprisonné, Imran Khan, se mobilisent afin d’exiger sa libération..
Le Pakistan est une république fédérale dirigée par un gouvernement central (État fédéral) et des gouvernements provinciaux. La province de Khyber Pakhtunkhwa (KP), située au nord-ouest du pays, est dirigée par le parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), dont l’ancien Premier ministre Imran Khan est le leader. Depuis août 2023, Imran Khan est emprisonné pour des accusations de corruption, trahison et incitation à la violence, qu’il conteste. Ces tensions ont conduit à des manifestations massives de ses partisans, exigeant sa libération et dénonçant les difficultés économiques du pays. Le 11 octobre 2026, le gouvernement fédéral pakistanais a annoncé la suspension des autorités locales de KP et la prise de contrôle directe de la province, invoquant des articles de la Constitution relatifs à la sécurité nationale.
Le gouvernement fédéral a justifié sa décision en s’appuyant sur les articles 232 et 234 de la Constitution pakistanaise, qui lui permettent de prendre le contrôle d’une province en cas de menace pour l’ordre public ou d’échec des négociations. Ces mesures, appelées règne présidentiel (ou rule by the President), suspendent temporairement les institutions locales. Le gouvernement provincial de KP, dirigé par le PTI, a été déclaré non opérationnel jusqu’à ce que la situation s’améliore. La province sera administrée directement par un directeur fédéral, assisté d’un conseil consultatif. Ces dispositions visent à rétablir la sécurité, notamment dans la lutte contre le terrorisme, selon le Premier ministre Shehbaz Sharif.
Les manifestations récentes ont été alimentées par des inquiétudes concernant l’état de santé d’Imran Khan, âgé de 73 ans. En août 2026, la Cour suprême avait ordonné son transfert dans un hôpital privé pour des soins, mais il a été renvoyé en prison après un court séjour dans un hôpital public. Ses partisans dénoncent un traitement médical insuffisant et des restrictions à ses visites familiales. Parallèlement, des responsables du PTI, dont le chef du gouvernement provincial de KP, Sohail Afridi, et le président du parti dans la province, ont été arrêtés le 11 octobre 2026. Ces arrestations s’inscrivent dans une répression plus large des figures de l’opposition.
Les manifestations ont débuté il y a une semaine, après l’échec des négociations entre le gouvernement fédéral et le PTI. Les discussions portaient notamment sur l’accès d’Imran Khan à des soins médicaux et sur des mesures de sécurité dans la province de KP, gouvernée par le PTI. Le gouvernement avait lié ces revendications à un accord sur la sécurité, mais les pourparlers ont échoué le 4 octobre 2026, déclenchant les protestations. Les partisans du PTI ont défilé dans plusieurs villes de KP, bloquant des routes et provoquant des tensions avec les forces de l’ordre. La présence sécuritaire a été renforcée, notamment à Peshawar, la capitale de la province.
Le Pakistan accuse l’Afghanistan voisin d’être une base arrière pour des militants responsables d’attaques dans les provinces de KP et du *Baloutchistan*. Le gouvernement taliban afghan dément ces accusations et critique les frappes aériennes pakistanaises, qui ont causé la mort d’au moins 10 civils, majoritairement des enfants, selon l’ONU. Les deux pays sont entrés en guerre en février 2026, après une trêve conclue en mars sans résolution durable des tensions. Les frappes pakistanaises en Afghanistan début octobre 2026 ont exacerbé les relations bilatérales, déjà tendues en raison de divergences sur la sécurité frontalière et la lutte antiterroriste.

