L’industrie des énergies fossiles intensifie son lobbying auprès du gouvernement Carney
Au total, 1318 rencontres ont eu lieu entre des membres du gouvernement et des lobbyistes du secteur..
Entre mai 2025 et avril 2026, l’industrie des énergies fossiles a multiplié les rencontres avec le gouvernement canadien. Selon l’organisme Environmental Defence, 1 318 réunions ont été organisées, soit une moyenne de 5 rencontres par jour ouvrable. Parmi ces échanges, 384 ont impliqué des députés, dont 323 avec des élus du Parti libéral. Cette intensité dépasse largement celle observée sous le gouvernement précédent de Justin Trudeau, qui n’avait tenu que 2 réunions avec ce secteur entre 2023 et janvier 2025. Le premier ministre Mark Carney a lui-même participé à 14 de ces rencontres en un an, un chiffre qui atteint plus de 20 depuis son élection à la tête du Parti libéral. Le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a quant à lui organisé 83 réunions avec des lobbyistes du secteur, soit quatre fois plus que son prédécesseur en 2024.
Plusieurs entreprises et associations ont joué un rôle central dans ce lobbying. L’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) a été la plus active, avec au moins 138 rencontres. Elle a notamment milité avec succès pour l’annulation de la taxe carbone sur les consommateurs et du plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. Parmi les entreprises, Enbridge Inc. a totalisé 107 rencontres, suivie par Shell Canada (77) et Suncor (71). Ces acteurs sont impliqués dans des projets majeurs comme l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) à Kitimat, en Colombie-Britannique, ou l’extraction de sable bitumineux. Le gouvernement a également rencontré des organismes environnementaux, mais leur nombre n’est pas précisé dans l’article.
L’influence du lobbying semble avoir ralenti les mesures environnementales. Depuis l’élection de Mark Carney en avril 2025, plusieurs projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre ont été abandonnés, notamment le plafonnement des émissions pour limiter les impacts de l’exploitation du sable bitumineux. Le gouvernement a également approuvé un nouveau projet de pipeline en Alberta, dont le coût est estimé entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars, financé en partie par des fonds publics. Ce projet a été déclaré d’intérêt national pour accélérer son approbation, une décision critiquée pour son manque de transparence. La date limite pour soumettre des commentaires sur ce projet a été fixée au 18 septembre 2026.
Le gouvernement Carney justifie son rapprochement avec l’industrie fossile par une stratégie de nationalisme économique. Cette approche vise à répondre aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis sous l’administration de Donald Trump. L’industrie a saisi cette opportunité pour lier l’exploitation des énergies fossiles à l’identité nationale canadienne, promouvant l’idée d’un Canada comme superpuissance énergétique. Cette rhétorique a été mise en avant par Mark Carney dès son discours de victoire en avril 2025. Le contexte économique incertain a ainsi servi de levier pour renforcer les liens entre le gouvernement et les entreprises du secteur, tout en bénéficiant politiquement au Parti libéral.
L’organisme *Environmental Defence* a vivement critiqué la rapidité avec laquelle le gouvernement a avancé le projet de pipeline, le qualifiant de risqué tant sur le plan environnemental qu’économique. Julia Levin, directrice adjointe de l’organisme, a dénoncé le fait que ces décisions aient été prises pendant une longue fin de semaine, limitant l’attention du public. Elle souligne que ces mesures surviennent alors que le Canada fait face à des catastrophes naturelles accrues, comme des incendies de forêt, des inondations et des vagues de chaleur. Le gouvernement, de son côté, affirme dialoguer avec les acteurs environnementaux et énergétiques pour assurer la sécurité et l’abordabilité de l’énergie au Canada.

