Did the Berlin Pride attack target the LGBTIQIA+ community or European values?
The political and media coverage of the recent car ramming attack at Berlin Pride seems to focus exclusively on the Islamist threat in the midst of European societies. That the attack was directed specifically at queer visibility and the fact that the incident left one Polish woman dead is often sidelined.
Le 28 juillet 2025, une attaque au véhicule bélier lors de la Berlin Pride (Christopher Street Day) a causé la mort d’une femme polonaise et plusieurs blessés. Les médias et responsables politiques ont principalement mis en avant la menace islamiste, occultant l’aspect spécifique de cette attaque : une cible directe contre la visibilité des personnes LGBTIQIA+. Cette attaque survient dans un contexte où des figures politiques conservatrices, comme Friedrich Merz, avaient récemment rejeté l’exposition du drapeau arc-en-ciel au Bundestag en 2025, le qualifiant de symbole inapproprié pour une institution. Pourtant, ces mêmes acteurs expriment aujourd’hui une solidarité de façade avec la communauté queer, sans nécessairement reconnaître les violences structurelles ou historiques subies par celle-ci en Europe.
Le terme homonationalisme, apparu au début des années 2000, désigne l’instrumentalisation des droits LGBTIQIA+ par des agendas nationalistes ou occidentaux. Dans le cas de l’attaque de Berlin, ce concept est revisité : des acteurs politiques utilisent la protection des personnes queer comme prétexte pour justifier des mesures restrictives contre l’immigration ou les groupes islamistes, sans réellement défendre les droits LGBTIQIA+. Par exemple, Giorgia Meloni, Première ministre italienne, a évoqué la protection des « libertés et de la sécurité des citoyens » sans mentionner explicitement la communauté queer. Cette approche, appelée homonationalisme 2.0, exclut les personnes LGBTIQIA+ de leur propre cause, les réduisant à des victimes civiles plutôt qu’à des acteurs de leur émancipation.
Les violences envers les personnes LGBTIQIA+ en Europe ne se limitent pas aux attentats récents. L’histoire montre des décennies de harcèlement et d’agressions, souvent perpétrées par des groupes néonazis ou des institutions. En Allemagne de l’Ouest, l’article 175 du code pénal, qui criminalisait les relations homosexuelles, n’a été abrogé qu’en 1994. Dans les années 1970 et 1980, les premières manifestations publiques LGBTIQIA+ ou des personnalités politiques ouvertement gays, comme Herbert Rusche, ont été la cible de violences. Aujourd’hui encore, des attaques comme celle de Berlin en 2025 rappellent que la précarité des personnes queer persiste, malgré des progrès législatifs. Par exemple, l’ILGA Rainbow Map classe 49 pays européens selon leurs politiques LGBTIQIA+-friendly, et plusieurs obtiennent des scores inférieurs à 50 %, révélant des lacunes juridiques et sociales.
La Hongrie illustre une forme de violence d’État contre les personnes LGBTIQIA+. En 2021, la loi anti-propagande a renforcé la discrimination en limitant la représentation queer dans les écoles et les médias. Les crimes haineux envers les personnes LGBTIQIA+, roms ou juives y sont souvent requalifiés en simples « troubles à l’ordre public », minimisant leur gravité. En 2025, Viktor Orbán a interdit les marches des fiertés dans certaines villes, tandis que des militant·es comme Géza Buzás-Hábel, un activiste queer rom, subissent des poursuites pour leur engagement. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de restriction des libertés, où les droits LGBTIQIA+ sont sacrifiés au nom d’une vision traditionaliste de la société.
Les violences envers les personnes LGBTIQIA+ en Europe ne proviennent pas uniquement de groupes islamistes. Elles sont aussi le fait de groupes néonazis, de particuliers ou de structures étatiques. Par exemple, en Allemagne, des attaques néonazies contre des personnes queer ont été documentées dans les années 1990, et des cas récents, comme la mort d’un homme transgenre après une Pride en 2023, montrent que la menace persiste. Les violences peuvent être publiques, comme lors des manifestations, ou privées et invisibles, comme le harcèlement quotidien ou les discriminations systémiques. En 2025, des organisations comme Lambda Berlin, une association de jeunesse queer, risquent de voir leurs financements réduits, illustrant une régression des droits acquis.
Face à cette situation, des militant·es LGBTIQIA+ appellent à des alliances larges et intersectionnelles pour lutter contre toutes les formes de violence. Des initiatives comme *ADEFRA* (association de femmes noires queer), *LesMigraS* (réseau pour les personnes LGBTIQIA+ migrantes) ou *Sportello Migranti Sarah Hegazi* (soutien aux migrant·es LGBTIQIA+ en Italie) montrent la voie en combinant lutte contre le racisme, le sexisme et l’homophobie. Ces groupes soulignent l’importance de ne pas tomber dans le piège des « faux alliés homonationalistes », qui instrumentalisent la cause queer pour promouvoir des agendas discriminatoires. Leur approche vise à construire des coalitions avec des mouvements féministes, antiracistes et écologistes, afin de créer une Europe plus inclusive et solidaire.

