TGV d’Alto : des compensations équivalentes à trois fois la valeur des terres agricoles
Alto s'engage à compenser les pertes de récoltes à perpétuité et à maintenir des accès le long du tracé..
Le projet de train à grande vitesse (TGV) Alto est porté par la société d'État canadienne Alto. Il vise à relier les villes de Québec et Toronto sur une distance de 1 000 km, en traversant de nombreuses terres agricoles. Alto propose un programme de compensations financières aux propriétaires terriens touchés par le passage du TGV. Contrairement à des projets comme l'aéroport de Mirabel (devenu un éléphant blanc), Alto affirme que moins de 5 % des terres de chaque propriété seraient concernées, permettant aux activités agricoles de se poursuivre. Les compensations proposées équivaudraient à plus de trois fois la valeur marchande des parcelles cédées, soit jusqu'à 350 % de cette valeur.
Les compensations financières incluent plusieurs éléments. D'abord, une offre monétaire basée sur la valeur marchande de la portion de terre cédée. Ensuite, un bonus à la signature est proposé pour inciter à un accord rapide. S'ajoutent des indemnisations pour les dommages (détours, drainage, etc.) et une compensation à perpétuité (ou 100 ans) pour la perte de récoltes sur la parcelle concernée. Pour les milieux forestiers, cette indemnisation pourrait aller jusqu'à 200 ans. Par exemple, une terre valant 60 000 $ pourrait recevoir entre 200 000 $ et 220 000 $ en compensations totales. Alto envisage aussi la création d'une fiducie foncière agricole pour soutenir les communautés locales.
Alto s'engage à minimiser l'impact sur les terres agricoles en suivant les limites des lots existants. Le promoteur promet de maintenir les routes utilisées par les véhicules d'urgence, le transport scolaire et de construire des passages pour le bétail, la machinerie agricole et la faune. Ces infrastructures seraient financées par le gouvernement fédéral, et non par les propriétaires ou les municipalités. Alto prévoit aussi des consultations publiques une fois le tracé finalisé, notamment pour la première phase du projet (200 km entre Montréal et Ottawa), dont la construction est prévue à partir de 2030.
L'Union des producteurs agricoles (UPA), qui représente les agriculteurs du Québec, critique vivement le projet. Son président, Martin Caron, demande la suspension du projet et dénonce l'opacité persistante. Il craint que le coût initial de 60 à 90 milliards de dollars ne soit largement dépassé, évoquant une fourchette de 150 à 200 milliards. Charles-Félix Ross, directeur général de l'UPA, a qualifié les représentants d'Alto de vendeurs de chars, remettant en cause la pertinence économique du TGV pour le Québec. L'UPA organise une manifestation contre le projet à Rigaud. Alto, de son côté, a appelé à la reprise des discussions avec l'UPA.
L'UPA a déjà conclu des ententes similaires avec Hydro-Québec pour le passage de lignes à haute tension sur des terres agricoles. Ces accords prévoient des compensations basées sur la valeur marchande des parcelles, ainsi que des bonifications pour les inconvénients subis par les agriculteurs. Hydro-Québec s'est aussi engagée à créer un fonds de 25 millions de dollars sur 10 ans pour soutenir la relève agricole. La fiducie proposée par Alto s'inspire de ce modèle. Les deux organisations ont également établi des balises pour limiter les impacts de l'industrie éolienne sur les terres agricoles.

