Une noyade, une conquête : l'Amérique de Laura Kasischke
Dans son nouveau roman, Laura Kasischke raconte une journée particulière. Le 16 juillet 1969, tandis qu’un enfant se noie sous les yeux d'une maître-nageuse impuissante, la mission Apollo 11 décolle pour la Lune.
Le 23 septembre 2026, France Culture a diffusé un épisode de Le Book Club consacré au roman Baignade surveillée de Laura Kasischke, publié en 2026 aux éditions Gallimard. L’autrice y explore une journée précise, le 16 juillet 1969, où un enfant se noie dans une piscine du Midwest américain tandis que la mission Apollo 11 décolle pour la Lune. Ce roman, qualifié de « ressassement et d’enquête intérieure », interroge moins les faits eux-mêmes que notre incapacité à les raconter exhaustivement. Laura Kasischke, écrivaine américaine, y utilise des fragments de mémoire, des associations d’idées et des détails pour plonger dans les profondeurs obscures de la conscience, comparant ce processus à une remontée depuis une cave. Le titre Baignade surveillée renvoie directement à l’incident tragique de la piscine, devenu le symbole d’un été 1969 marqué par des événements historiques majeurs.
Laura Kasischke explique que son roman est né d’une exploration des souvenirs, comparés à des images ou des sensations qui émergent par éclats, sans origine claire. Elle souligne que la mémoire fonctionne par associations et réminiscences, au plus près des mouvements du subconscient. Au cœur du récit se trouve la figure de la maître-nageuse, personnage central dont le prénom n’apparaît qu’à la fin du roman. Cette absence initiale n’est pas un hasard : elle reflète l’idée que cette femme est d’abord perçue comme un stéréotype, une figure idéale et impersonnelle, avant de devenir une personne à part entière. Kasischke précise que « la différence se fait entre les gens et l’image qu’ils projettent », rappelant que personne n’est réduit à son apparence ou à son rôle social. Ce choix narratif met en lumière la tension entre les attentes extérieures et l’identité réelle des individus.
L’eau, élément récurrent dans le roman, est utilisée comme métaphore des secrets, des violences enfouies et des traumatismes qui remontent progressivement à la surface. Laura Kasischke souligne que « l’eau, la mémoire et les secrets sont profondément unis dans notre symbolique et notre littérature ». Elle décrit la piscine comme un espace où la lumière écrasante de l’été 1969 et les reflets aveuglants empêchent de voir clairement la vérité. Le roman interroge ainsi la manière dont les apparences peuvent masquer des réalités plus profondes, voire les rendre invisibles. Kasischke résume cette idée en affirmant : « Personne ne pouvait voir parce que personne ne regardait au bon endroit », soulignant que la vérité se cache souvent là où on ne l’attend pas.
Du 23 au 27 septembre 2026, le festival Les Correspondances de Manosque célèbre sa 28ᵉ édition, dédiée à la littérature vivante. Cet événement, qui se déroule dans la ville provençale de Manosque, propose des rencontres avec des auteurs et autrices de la rentrée littéraire, des lectures musicales, des spectacles et des déambulations littéraires. Parmi les temps forts, l’écrivain Yannick Haenel ouvrira la série des spectacles au Théâtre Jean-le-Bleu. Le festival met en avant un programme qui fait dialoguer les mots avec la musique, le dessin et les arts de la scène, réunissant ainsi des voix variées de la scène littéraire contemporaine.
Dans le cadre du *Book Club*, une référence musicale est proposée chaque jour. Pour cet épisode, la chanson *A Hard Rain’s A-Gonna Fall* de Bob Dylan est évoquée, tirée de la scène où un téléphone sonne dans le roman *Esprit d’hiver* de Laura Kasischke, publié en 2013. Par ailleurs, une auditrice nommée Nelly, sous le pseudonyme *@@livres.et.nature*, a posé une question à l’autrice : elle s’interroge sur la répétition de détails concernant la maître-nageuse (son gloss, son vernis, sa queue-de-cheval parfaite) et l’absence de son prénom pendant une grande partie du roman. Kasischke y répond en expliquant que ce choix visait à déconstruire le stéréotype avant de révéler l’humanité du personnage.

