Bibliothèque nationale de France: les carnets de Marie Curie sont-ils encore radioactifs?
Plus d'un siècle après les expériences de Marie Curie, ses carnets de laboratoire restent contaminés au radium-226. Conservés à la Bibliothèque nationale de France, ils peuvent être exposés au public.
Les carnets de laboratoire de Marie Curie, conservés à la Bibliothèque nationale de France (BnF), présentent encore des traces de contamination radioactive plus de 120 ans après leur rédaction. Ces documents, utilisés par la physicienne lors de ses recherches sur la radioactivité, contiennent des particules radioactives comme l'uranium et le radium. Bien que l'observation derrière une vitre soit sans danger, leur manipulation expose à un risque. En 1996 et 2020, des contrôles ont été réalisés pour évaluer les conditions de consultation de ces archives. La BnF a ainsi ajusté les mesures de sécurité pour limiter l'exposition des visiteurs et des chercheurs.
La radioactivité mesurée sur les carnets de Marie Curie est d'environ 2 nanosieverts pour une personne passant dix minutes devant deux documents sous vitrine. Cette valeur ne dépasse pas le rayonnement naturel de fond, ce qui signifie qu'elle ne présente pas de danger supplémentaire pour les visiteurs. Cependant, la manipulation des carnets nécessite des précautions strictes : sécurisation des feuilles les plus contaminées, protection des reliures avec du plastique, et utilisation de microfilms pour les chercheurs souhaitant éviter tout contact avec les originaux. Ces mesures visent à réduire les risques liés à l'exposition aux radiations.
Marie Curie a manipulé d'importantes quantités de résidus d'uranium pendant plusieurs années, sans protection contre les radiations. À l'époque, les risques liés à l'exposition prolongée aux rayonnements n'étaient pas connus. Les particules radioactives se sont ainsi déposées sur ses carnets, ses vêtements et ses surfaces de travail. Ces documents conservent aujourd'hui des traces de contamination, notamment du radium-226, un élément radioactif présent dans la pechblende, un minerai contenant de l'uranium. Le radium-226 a une demi-vie de 1 600 ans, ce qui signifie qu'il mettra ce temps à se désintégrer pour moitié.
Le risque pour la santé dépend de plusieurs facteurs : la dose de rayonnement, son type, la durée et les circonstances de l'exposition. Un visiteur placé derrière une vitre ne s'expose pas aux mêmes risques qu'un chercheur manipulant directement les documents. Le radium-226, présent dans les carnets, se désintègre en radon, un gaz radioactif qui peut s'accumuler dans les bâtiments. La BnF a donc mis en place des mesures pour contrôler la contamination et limiter les manipulations inutiles, afin de préserver à la fois les archives et la santé des personnes exposées.
En 1896, le physicien Henri Becquerel découvre que les composés d'uranium émettent des rayons capables d'impressionner les plaques photographiques. Marie Curie, intriguée, étudie ces rayonnements et identifie avec son mari Pierre deux nouveaux éléments radioactifs : le polonium et le radium. Leurs travaux leur valent deux prix Nobel, mais aussi une exposition prolongée aux radiations, sans qu'ils en mesurent les dangers. Leurs carnets, conservés à la BnF, témoignent aujourd'hui de cette époque où la science progressait sans toujours mesurer les risques encourus.

