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Économie

Dix ans après les Panama Papers, les riches ont trouvé une autre utilité aux paradis fiscaux

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 27 j

Ce vendredi 9 octobre 2026, les ministres des Finances de la zone euro ont sorti le Panama de la liste européenne des paradis fiscaux. Pour mémoire, il y a 10 ans, les Panama Papers avaient contribué à lever, un peu, le voile sur l’industrie mondiale de la fraude et de l’évasion fiscale.

Panama retiré liste

Le 9 octobre 2026, les ministres des Finances de la zone euro ont retiré le Panama de la liste européenne des paradis fiscaux. Cette décision intervient dix ans après la révélation des Panama Papers en 2016, une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation qui avait exposé un vaste réseau de fraude et d’évasion fiscale impliquant 21 paradis fiscaux. Ces révélations avaient mis en lumière l’utilisation de comptes offshore par des clients de plus de 200 pays, souvent via des intermédiaires comme de grandes banques internationales. Aujourd’hui, le Panama, autrefois symbole de l’opacité financière, n’est plus considéré comme un paradis fiscal par l’Union européenne, marquant une évolution dans la lutte contre ces pratiques.

Baisse des fuites données

Depuis les années 2010, marquées par des fuites de données comme les Offshore Leaks, LuxLeaks ou Paradise Papers, les révélations sur les paradis fiscaux se sont raréfiées. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. D’une part, l’industrie offshore a renforcé ses mesures de sécurité informatique pour protéger les données de ses clients. D’autre part, les États ont incité les lanceurs d’alerte à vendre leurs informations directement aux administrations fiscales plutôt que de les transmettre gratuitement aux médias. Cette stratégie a permis aux fiscs de récupérer des données de manière plus ciblée et sécurisée, réduisant ainsi le besoin de fuites publiques.

Échanges automatiques progrès

Les administrations fiscales ont fait des progrès majeurs grâce à l’instauration de l’échange automatique d’informations. Ce mécanisme oblige les banques étrangères à transmettre automatiquement aux fiscs des pays d’origine des résidents les détails de leurs comptes à l’étranger. Par exemple, dès qu’un Français ouvre un compte en Suisse, le fisc français en est informé sans démarche supplémentaire. Cette réforme, mise en place par l’OCDE, a permis de récupérer des informations sur 171 millions de comptes couvrant 13 000 milliards d’euros d’actifs. Selon le Global Tax Evasion Report 2024 de l’International Tax Observatory, la richesse non déclarée dans les paradis fiscaux par les particuliers est passée de 9 % du PIB mondial au début des années 2000 à 3 % au début des années 2020.

Paradis fiscaux toujours utiles

Malgré ces avancées, les paradis fiscaux n’ont pas disparu. Une partie des capitaux s’est réorientée vers des placements plus opaques, comme les cryptoactifs ou l’immobilier, où les règles de transparence sont moins strictes. Certaines banques continuent également de prendre le risque de ne pas déclarer leurs clients. Cependant, l’OCDE note une coopération internationale croissante pour lutter contre ces pratiques. Le paradoxe actuel réside dans le fait que, bien que la part des actifs non déclarés dans les paradis fiscaux ait fortement diminué, le montant total des actifs détenus dans ces territoires reste élevé. Cela s’explique par un changement d’usage : les paradis fiscaux servent désormais davantage à protéger les fortunes contre les crises économiques, politiques ou bancaires qu’à échapper à l’impôt.

Ce que ça pourrait changer

Les experts soulignent que les paradis fiscaux ont trouvé une nouvelle utilité pour les riches : la protection des actifs. Ces territoires permettent de diversifier et de répartir sa fortune à l’échelle mondiale, tout en bénéficiant d’un certain niveau de secret non fiscal. Les dangers comme les dévaluations, les instabilités politiques ou les crises bancaires poussent les détenteurs de grands patrimoines à privilégier ces solutions. Ainsi, même si les montants non déclarés ont baissé, l’attrait pour ces places financières reste fort, car elles offrent une sécurité supplémentaire face aux aléas économiques. L’échange automatique d’informations a donc transformé l’usage des paradis fiscaux, sans pour autant les rendre obsolètes.

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