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Environnement

Où habiter en 2050 ? Les pistes du géographe Guillaume Faburel, des collines normandes aux Préalpes

Vert.eco · mis à jour il y a 10 j

Face aux canicules et aux crises écologiques, où pourra-t-on encore vivre en 2050 ? Le géographe Guillaume Faburel appelle à rééquilibrer la population entre villes et campagnes et identifie sept territoires propices à des modes de vie plus autonomes. Vert l’a rencontré..

Dérèglement climatique

Le dérèglement climatique désigne les modifications durables des conditions météorologiques moyennes (températures, précipitations, etc.) causées par les activités humaines, notamment les émissions de gaz à effet de serre. En France, les grandes villes subissent des températures plus élevées que les campagnes environnantes, avec un écart pouvant atteindre 12°C entre le centre d’une ville comme Toulouse et une zone rurale boisée située à 40 ou 50 kilomètres. Ces différences s’accentuent lors des vagues de chaleur, rendant les métropoles moins habitables en période estivale. Le géographe Guillaume Faburel souligne que cette situation pousse de nombreux habitants à envisager de quitter les villes pour des territoires moins exposés aux extrêmes climatiques.

Sept territoires adaptés

Guillaume Faburel et son équipe ont identifié sept ensembles géographiques en France offrant des conditions plus favorables pour s’adapter au réchauffement climatique. Ces territoires se répartissent en deux catégories : trois espaces de collines (bretonnes, normandes et poitevines) et quatre zones de moyenne montagne (Ariège dans les Pyrénées centrales, plateaux du Massif central, Morvan et Préalpes). Ces régions se caractérisent par leur altitude modérée, leur bocage, leur forêt diversifiée et leur faible densité urbaine. Elles permettent une vie plus autonome, notamment grâce à des ressources locales comme le bois, l’eau ou les terres agricoles, tout en limitant l’exposition aux canicules ou aux submersions marines.

Critères de sélection

Pour identifier ces territoires, les chercheurs ont croisé une trentaine d’indicateurs liés à l’environnement, à l’économie et au social. Parmi les critères retenus, on trouve la présence de forêts non exploitées en monoculture, des logements vacants ou réhabilitables, des terres agricoles accessibles à prix modéré, et des ressources locales pour produire de l’énergie ou des matériaux. L’objectif est de privilégier les zones où une vie nourricière, solidaire et sobre est déjà possible, sans nécessiter de grands aménagements. Ces espaces offrent aussi des savoir-faire traditionnels comme le jardinage, la réparation ou la conservation des aliments, utiles pour réduire la dépendance aux systèmes urbains.

Vie rurale autonome

Vivre dans ces territoires implique de retrouver une autonomie accrue et de rapprocher les lieux de production des lieux de vie. Cela passe par la pratique du potager, du verger, la réparation d’objets ou l’entraide locale, comme des chantiers participatifs ou des échanges d’outils. Les nouveaux habitants peuvent contribuer à la vitalité de ces zones en soutenant les commerces locaux, en participant à des projets collectifs ou en maintenant des services publics comme les écoles. Cependant, cette transition nécessite d’adapter son mode de vie urbain et d’accepter une organisation sociale basée sur la proximité plutôt que sur l’individualisme. Les conflits peuvent survenir, notamment autour de la gestion du vivant (chasse, agriculture, etc.), mais des alliances sont possibles.

Rééquilibrage démographique

Entre 1900 et 2015, la population mondiale a été multipliée par 4, tandis que la population urbaine a été multipliée par 15. Cette concentration urbaine a entraîné une hausse des émissions de polluants, de la consommation d’énergie et des déchets, proportionnelle à l’urbanisation. Faburel souligne que les villes, bien que théoriquement plus efficaces en termes d’économie d’énergie, génèrent des effets rebond : elles stimulent l’hyperconsommation, l’hypermobilité et l’hyperactivité. Les campagnes, quant à elles, ont été historiquement exploitées pour alimenter les villes en ressources et en main-d’œuvre, puis sacrifiées pour des projets énergétiques (parcs éoliens, méthaniseurs). L’auteur plaide pour un rééquilibrage entre villes et campagnes, où chaque territoire retrouve une place équitable dans l’organisation du pays.

Exode urbain progressif

Environ 100 000 personnes quittent chaque année les métropoles françaises, un phénomène installé depuis 10 à 15 ans et qui devrait doubler dans les 25 prochaines années. Pour assurer l’approvisionnement alimentaire des territoires ruraux, il faudrait 10 millions d’actifs (paysans, artisans, soignants, enseignants, etc.), soit 5 à 10 millions de personnes supplémentaires. Cependant, cet exode ne doit pas être forcé mais organisé, en évitant de reproduire les erreurs du passé. Faburel insiste sur la nécessité de ne pas imposer un mouvement massif, mais de favoriser un rééquilibrage progressif et maîtrisé, où les nouveaux arrivants s’intègrent sans déstabiliser les dynamiques locales existantes.

Accueil des néoruraux

L’accueil des citadins dans les campagnes n’est pas automatique et dépend de plusieurs facteurs. Historiquement, les ruralités ont été maltraitées et invisibilisées par une société centrée sur l’urbain, ce qui peut créer des tensions. Les conflits portent souvent sur des visions opposées de l’écologie, comme entre chasseurs et défenseurs du véganisme ou de la biodiversité. Cependant, les études montrent que les installations se passent généralement mieux que ne le suggèrent les stéréotypes médiatiques. Les néoruraux doivent éviter d’arriver avec un imaginaire misérabiliste, c’est-à-dire en pensant

Risque de gentrification

Un afflux massif de citadins dans les campagnes pourrait transformer ces territoires en nouvelles zones urbaines et en chasser les habitants locaux. Ce phénomène est déjà observable : la vente d’un appartement parisien peut permettre d’acheter une grande propriété dans des zones rurales, faisant monter les prix et poussant les locaux à quitter leur territoire. Pour éviter cela, Faburel propose un rééquilibrage politique : les collectivités locales doivent retrouver la maîtrise de leur développement en limitant les arrivées massives, en réhabilitant les logements vacants plutôt qu’en construisant du neuf, et en évitant de dépendre des urbanistes des métropoles. L’objectif est de préserver l’identité et la viabilité des territoires ruraux.

Ce que ça pourrait changer

Pour les personnes qui souhaitent quitter les villes mais n’en ont pas les moyens, Faburel propose d’agir à l’échelle des quartiers et des communautés. Il s’agit de libérer du foncier en désimperméabilisant les sols, de planter des arbres nourriciers et de cultiver des espaces verts pour rafraîchir les villes, produire de la nourriture et recréer du lien social. Ces actions améliorent la qualité de vie et la santé des habitants, tout en réduisant l’empreinte écologique. Cependant, l’auteur rappelle que ces mesures ne suffiront pas à adapter entièrement les grandes villes. Le message principal de son livre est de montrer que des alternatives existent ailleurs, dans des territoires éloignés des métropoles, pour retrouver une capacité d’action collective face aux crises climatiques et sociales.

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