Licenciés abusivement, des employés chinois font plier leur entreprise grâce à ses clients européens
Un mois après leur recrutement, une centaine de jeunes salariés ont été abusivement menacés de licenciement par leur entreprise, un grand équipementier automobile. Au lieu de porter plainte auprès des autorités locales, ils ont averti les clients européens de leur entreprise, et ont réussi à faire plier cette dernière.
En juillet 2026, l'entreprise chinoise Xingyu, spécialisée dans la fabrication d'équipements d'éclairage pour l'automobile et basée à Changzhou (province du Jiangsu), a recruté environ 400 jeunes diplômés issus de grandes universités. Cependant, moins d'un mois après leur embauche, environ 70% d'entre eux, soit près de 280 personnes, ont été victimes de licenciements abusifs. Ces salariés ont été informés de leur possible renvoi via des canaux internes comme un groupe WeChat dédié, ou menacés d'être réaffectés à des postes manuels sur des chaînes de montage. Li Lei, l'un des employés concernés, décrit cette expérience comme une « leçon douloureuse » à l'entrée dans la vie active. Malgré ces pratiques, Xingyu affiche une santé financière solide, avec un bénéfice net de 1,62 milliard de yuans (208 millions d'euros) en 2025, en progression de plus de 15% par rapport à 2024.
Plutôt que de saisir les autorités locales, souvent perçues comme peu réceptives aux plaintes des salariés, les employés licenciés ont choisi une stratégie alternative : alerter directement les clients européens de Xingyu. Cette démarche s'appuie sur le fait que l'entreprise dépend fortement de ces clients pour son chiffre d'affaires. En contactant ces partenaires commerciaux, les salariés ont exercé une pression indirecte sur leur employeur. Cette méthode a rapidement porté ses fruits, forçant Xingyu à revoir sa position et à annuler une partie des licenciements. Une expression est même apparue en ligne pour décrire cette efficacité : « La médecine occidentale agit plus rapidement », soulignant l'impact immédiat des actions menées par les clients européens.
Ce cas illustre les tensions croissantes sur le marché du travail chinois, où les jeunes diplômés, souvent surnommés la génération 996 (en référence à un rythme de travail de 9h à 21h, 6 jours sur 7), subissent des conditions d'emploi précaires malgré leur qualification. Xingyu, bien que bénéficiaire, illustre une tendance où certaines entreprises privilégient la flexibilité et la réduction des coûts salariaux au détriment de la stabilité de leurs employés. La province du Jiangsu, où se situe l'entreprise, est un pôle industriel majeur en Chine, attirant de nombreuses usines et équipementiers automobiles. Les licenciements abusifs y sont parfois tolérés en raison d'un cadre légal encore flou ou peu appliqué, ce qui pousse les salariés à trouver des solutions innovantes pour faire valoir leurs droits.
Les clients européens de Xingyu jouent un rôle clé dans cette affaire. En tant que partenaires commerciaux majeurs, ils disposent d'un levier de négociation important. Leur réaction face aux licenciements abusifs a montré que les entreprises chinoises ne peuvent plus ignorer les attentes éthiques de leurs clients étrangers, notamment en matière de respect des droits des travailleurs. Cette affaire pourrait inciter d'autres entreprises à adopter des pratiques plus transparentes, sous peine de perdre des contrats ou de nuire à leur réputation. Elle souligne également l'influence croissante des consommateurs et des investisseurs européens sur les pratiques des chaînes d'approvisionnement mondiales, y compris en Chine.

