NapseflowNapseflow
Culture

Au pays des songes, 2001-2026 (Israël-Palestine

France Culture - Savoirs · mis à jour 7 juil.

La documentariste Élodie Maillot replonge dans vingt-cinq années d'archives enregistrées en Palestine et en Israël. Une traversée sonore et musicale où les rêves et les nuits blanches racontent autrement un territoire traversé par le conflit, pour poser des questions à la nuit..

Projet radiophonique unique

La documentariste française Élodie Maillot a conçu une série radiophonique intitulée Au pays des songes, 2001-2026 (Israël-Palestine, archives oniriques), diffusée sur France Culture en juillet 2026. Ce projet repose sur vingt-cinq années d’archives sonores enregistrées en Israël et en Palestine, mêlant rêves, nuits blanches et témoignages intimes. Contrairement aux reportages traditionnels sur le conflit israélo-palestinien, cette série ne cherche ni à analyser les événements ni à prendre parti, mais à explorer la dimension humaine et subjective du territoire à travers les voix, les silences et les ambiances nocturnes. Les archives, initialement captées sur des supports analogiques comme les DAT (Digital Audio Tape), les Minidiscs ou les bandes magnétiques, reflètent aussi l’évolution des technologies et des perceptions du conflit.

Contexte et origines

Élodie Maillot a commencé à enregistrer ces archives avant les attentats du 11 septembre 2001, alors qu’elle avait un peu plus de 20 ans et travaillait pour Radio France. Son approche consistait à capturer la « face B des news » : ce qui échappe aux récits médiatiques dominants, comme les couvre-feux, les frustrations quotidiennes ou les moments de vie ordinaire. Elle a poursuivi ces enregistrements pendant des années, documentant aussi bien les espoirs que les tensions, tout en se concentrant sur les sorties nocturnes, la musique live et les rêves des habitants. Son objectif était de donner à entendre une réalité souvent ignorée, celle des individus derrière les clichés politiques.

Méthode et enjeux

La série repose sur une démarche personnelle et subjective, où Élodie Maillot a arpenté les territoires israéliens et palestiniens « seule avec la guerre et avec la technique », avant l’ère des réseaux sociaux et des outils numériques comme Google ou les GPS. Elle décrit son parcours comme une « odyssée radiophonique » où le montage devient un acte de résistance pour préserver des mémoires fragiles. Les enregistrements révèlent des voix désarmées, parfois humoristiques ou poétiques, qui contrastent avec le discours médiatique souvent polarisé. La nuit, moment où l’actualité se tait, devient un espace privilégié pour écouter ces récits humains, loin des stéréotypes comme ceux associés à des figures comme Ariel Sharon ou Yasser Arafat.

Rencontres et témoignages

Vingt-cinq ans après ses premiers enregistrements, Élodie Maillot a retrouvé plusieurs de ses interlocuteurs d’alors, leur faisant réécouter leur voix de jeunesse. Ces retrouvailles créent un dialogue inattendu entre des voix israéliennes et palestiniennes, qui semblent aujourd’hui impossibles à concilier dans la réalité politique. Parmi les personnes citées figurent Adam, Dana, Diana, Leila, Ohaila, Régine, Ramzi, Gallia, Olympe, Esperanza, Iman, Tony, Sayed, Tamar et Juliet. Ces échanges révèlent aussi bien les transformations individuelles que collectives, tout en soulignant la persistance de l’humanité dans un contexte de conflit. La série interroge ainsi ce que « la guerre fait de nous », mais aussi ce que le micro, outil de rencontre, transforme chez ceux qui s’expriment.

Dimensions poétique et politique

Au-delà de son aspect documentaire, la série explore une dimension poétique et intime du conflit. Élodie Maillot évoque « des rêves prémonitoires » et une « part de poésie, d’humour et d’humanité dans la confusion médiatique actuelle ». Elle décrit son travail comme une « lettre d’amour radiophonique aux possibles » que suscitent les rencontres imprévues, loin des récits binaires imposés par les médias. La nuit, espace de liberté et de vulnérabilité, permet de révéler des facettes méconnues des sociétés israélienne et palestinienne, où les blessures s’accumulent sans pour autant effacer les liens humains. La série s’inscrit ainsi dans une démarche de préservation de mémoires individuelles, souvent éclipsées par les grands récits historiques.

Ce que ça pourrait changer

Diffusée en 2026, cette série s’inscrit dans un contexte où les réseaux sociaux et les algorithmes ont renforcé les divisions et les discours manichéens. En revisitant ces archives, Élodie Maillot offre une plongée dans une époque où les imaginaires étaient encore ouverts, avant que les clichés ne s’imposent comme des vérités absolues. Le projet met en lumière l’importance des archives sonores comme outils de résistance contre l’oubli et la déshumanisation. Il rappelle aussi que, malgré les décennies de conflit, des voix singulières et humaines persistent, capables de transcender les frontières politiques pour raconter une histoire plus complexe que les récits médiatiques dominants.

Sujets complémentaires