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Culture

Nouchka van Brakel : « Agnès Varda m’a ouvert à la possibilité de montrer l’expérience féminine d’une façon nouvelle. »

Trois Couleurs · mis à jour il y a 6 j

Inconnue en France, c’est une légende aux Pays-Bas. Première Néerlandaise à réaliser un long métrage avec "Het debuut" (1977), elle est l’autrice d’une œuvre avant-gardiste et féministe.

Origine du film

L’idée du film Une femme comme Eva (1979) est née d’une écoute fortuite à la radio. Une femme y expliquait qu’on lui refusait la garde de ses deux enfants en raison de son homosexualité. Nouchka van Brakel, réalisatrice néerlandaise, et son coscénariste Carel Donck ont immédiatement perçu le potentiel de cette histoire pour aborder la question de l’émancipation féminine et des discriminations subies par les femmes. Le projet a été coécrit avec la poétesse Judith Herzberg. Van Brakel a choisi une équipe entièrement féminine pour ce film, une décision influencée par une rencontre antérieure avec la chef-opératrice Nurith Aviv, rencontrée lors d’un reportage sur Agnès Varda. Cette dernière, figure majeure du cinéma, avait tourné avec une équipe majoritairement composée de femmes, une approche qui a marqué van Brakel.

Influence d'Agnès Varda

Agnès Varda a joué un rôle clé dans l’éveil artistique de Nouchka van Brakel. Alors étudiante en cinéma, van Brakel a été bouleversée par le court-métrage L’Opéra-Mouffe (1958) de Varda, qui commence par une séquence montrant le ventre d’une femme enceinte. Ce film lui a révélé la possibilité de représenter l’expérience féminine de manière authentique et poétique, un sujet rarement abordé au cinéma à l’époque. Cette découverte a marqué un tournant dans sa perception du cinéma. Plus tard, van Brakel a entretenu une relation amicale avec Varda, qu’elle rencontrait régulièrement à Paris ou à Amsterdam. Varda a ainsi influencé sa vision du cinéma en lui montrant qu’il était possible de traiter des thèmes féminins avec profondeur et originalité.

Rencontre avec Maria Schneider

Pour incarner l’amoureuse du personnage principal dans Une femme comme Eva, Nouchka van Brakel souhaitait une actrice capable de jouer une relation amoureuse hors du cadre domestique. Nurith Aviv, la chef-opératrice, lui a suggéré Maria Schneider, alors en difficulté personnelle mais disponible. La rencontre entre les deux femmes s’est organisée de manière presque magique : alors que van Brakel et Aviv discutaient de Schneider au téléphone, cette dernière a appelé au même moment. Le tournage a confirmé leur alchimie. Lors d’un déjeuner à Paris, Maria Schneider a même flirté ouvertement avec une autre femme, provoquant une réaction amusante de la part de son compagnon, qui l’a éloignée. Cette anecdote a renforcé la complicité entre l’actrice et l’équipe du film.

Réception critique aux Pays-Bas

À sa sortie en 1979, Une femme comme Eva a connu un succès public aux Pays-Bas, mais les critiques étaient majoritairement masculins. Certains ont minimisé le film en le réduisant à une simple représentation de l’émancipation féminine, comme si porter des bouclettes suffisait à incarner cette cause. Van Brakel a interprété ces réactions comme le signe d’un malaise face au changement des rôles traditionnels. Par exemple, un critique a écrit que l’émancipation féminine se réduisait à des détails vestimentaires, alors que sa propre épouse entamait une évolution professionnelle et personnelle. Ces commentaires reflétaient les tensions sociales de l’époque aux Pays-Bas, où les rôles de genre commençaient à être remis en question.

Tournage et défis techniques

Le troisième long-métrage de van Brakel, Les Lacs froids de la mort (1982), adapté d’un roman néerlandais célèbre, a présenté des défis techniques et émotionnels. L’histoire, située au XIXe siècle, suit une femme luttant pour vivre sa sexualité librement dans une société répressive. Pour immerger les actrices dans l’époque, van Brakel leur a fait porter des corsets et des chaussures d’époque, ce qui a modifié leur façon de marcher. L’actrice Renée Soutendijk a particulièrement impressionné l’équipe en incarnant avec justesse le personnage fragile et tourmenté. Les scènes tournées dans un hôpital psychiatrique, où l’héroïne est enfermée, ont été tournées dans un espace exigu. Soutendijk a obtenu un droit de regard sur ces scènes, n’autorisant que deux prises pour préserver l’authenticité des émotions.

Collaboration avec le producteur

Le producteur Matthijs van Heijningen, surnommé un bullebak (un homme rude et autoritaire en néerlandais), a joué un rôle central dans la carrière de van Brakel. Malgré leurs disputes fréquentes, leur collaboration a duré des décennies. Van Heijningen a accepté les exigences artistiques de van Brakel, comme son refus de certaines scènes ou son insistance sur des détails historiques. Leur relation a été marquée par des tensions, mais aussi par une confiance mutuelle. En 2015, van Brakel a reçu le Mira d’or, un prix récompensant une carrière exceptionnelle, en présence de van Heijningen. Ce prix soulignait l’importance de leur partenariat dans la réalisation de ses films.

Ce que ça pourrait changer

Nouchka van Brakel a reçu en 2026 l’*Œuvre Award* de la *Dutch Directors Guild*, une association professionnelle néerlandaise. Cet événement a mis en lumière son influence sur les jeunes réalisatrices, qui la citent comme une figure inspirante pour sa fidélité à ses convictions en tant que cinéaste femme. Au début de sa carrière, van Brakel a défendu l’idée de films spécifiquement féminins, une catégorie qui a émergé dans les années 1970-1980 pour désigner des œuvres centrées sur l’expérience des femmes. Aujourd’hui, cette étiquette n’est plus nécessaire, car la présence des femmes dans le cinéma est devenue normale. Van Brakel considère que cette évolution est une victoire, même si elle souligne que le combat pour l’égalité reste d’actualité.

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