Autistici/Inventati annonce sa dissolution, et la fermeture prochaine de ses services
Onze jours après avoir été désigné comme organisation terroriste par l’administration Trump, le collectif hacktiviste d’origine italienne Autistici/Inventati a annoncé mettre un terme à ses activités. Il explique ne plus pouvoir garantir la sécurité de ses membres, mais aussi des utilisateurs de ses services de messagerie ou d’hébergement, qui fermeront bientôt.
Le collectif italien Autistici/Inventati (A/I), actif depuis 25 ans, a annoncé sa dissolution le 6 septembre 2026. Fondé en Italie, ce groupe proposait des services numériques alternatifs comme une messagerie (autistici.org) et une plateforme de blogs (noblogs.org). Il a décidé de cesser ses activités en raison de sa désignation comme organisation terroriste internationale par l’administration américaine de Donald Trump le 26 août 2026. Cette étiquette a entraîné le gel de son nom de domaine, la suspension de son compte PayPal et la résiliation de ses services bancaires en Italie, rendant impossible la poursuite de ses activités.
La désignation d’Autistici/Inventati comme organisation terroriste a eu des répercussions immédiates et graves. Dès le 26 août 2026, son site principal (autistici.org) est devenu inaccessible via les serveurs DNS, et son compte PayPal a été suspendu. Sa banque italienne, Banca Etica, a également résilié ses services financiers. Ces mesures ont privé le collectif de ses moyens de fonctionnement et de ses revenus. Le 2 septembre 2026, A/I a lancé un nouveau site (keepitfree.ai) pour maintenir le contact avec ses utilisateurs, mais a finalement dû renoncer face aux risques juridiques et financiers encourus par ses membres et leurs proches.
Le collectif a expliqué que la désignation comme organisation terroriste internationale exposait non seulement ses membres, mais aussi leurs proches à des conséquences graves. Aux États-Unis, cette étiquette peut entraîner des sanctions sévères, comme l’impossibilité d’accéder à des services numériques ou financiers. Par exemple, le juge français Guillou a été privé d’accès à une partie de ses outils numériques en janvier 2026 en raison d’un décret similaire signé par Donald Trump. A/I a donc choisi de fermer ses services pour protéger ses membres et leurs familles, malgré quatre jours de résistance symbolique.
La décision d’A/I a suscité un large soutien de la part d’associations et de collectifs engagés pour la liberté d’expression en ligne. Parmi eux, Framasoft, La Quadrature du Net et le réseau European Digital Rights (EDRi) ont publié des tribunes pour dénoncer cette mesure. Ils y voient une attaque contre la neutralité des infrastructures numériques et un précédent dangereux pour les hébergeurs alternatifs. Ces acteurs soulignent que cette désignation déplace la responsabilité des actes des utilisateurs vers les hébergeurs, créant un climat de menace extrême pour les structures indépendantes.
Avant même sa dissolution, Autistici/Inventati a subi des attaques ciblées. Fin août 2026, sa plateforme noblogs.org, qui hébergeait des blogs de mouvements antifa, a été victime d’une cyberattaque entraînant le défigement de sa page d’accueil pendant quelques heures. Peu après, un site militant pro-Trump, Datarepublican, a publié une cartographie de 7 673 sites hébergés par noblogs.org, promettant de conserver leur contenu. Ces événements ont accru la pression sur A/I, déjà fragilisé par les sanctions américaines.
Face à la fermeture d’A/I, une organisation norvégienne, Electronic Forpost Norge (EFN), a annoncé le 7 septembre 2026 reprendre une partie de l’infrastructure du collectif. Cette initiative vise à préserver une partie des services numériques alternatifs qu’A/I proposait. Cependant, les utilisateurs d’A/I devront trouver de nouveaux hébergeurs, souvent moins visibles ou moins engagés politiquement. Cette situation illustre le risque accru pour les structures alternatives, même neutres, de subir des pressions similaires à l’avenir.
La dissolution d’*Autistici/Inventati* marque un tournant pour les hébergeurs alternatifs en ligne. Le collectif *Chatons* (Collectif des hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts et solidaires) souligne que cette affaire force à repenser les modèles de menace et les stratégies de résistance. La désignation comme organisation terroriste internationale crée un précédent où les sanctions américaines peuvent s’appliquer à des structures européennes, indépendamment de leur localisation ou de leur neutralité. Cela pose un défi majeur pour l’autonomie numérique en Europe.

