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Culture

Lutèce retrouvée ? A la découverte du rempart de l'Hôtel-Dieu

France Culture - Savoirs · mis à jour 2 oct.

Dans une cour de l'Hôtel-Dieu, les archéologues ont découvert un mur gaulois, mêlant la pierre et le bois, qui pourrait être l’un des jalons les plus importants dans la compréhension de l’histoire de Paris. Aurait-on enfin retrouvé le rempart de l’oppidum gaulois de Lutèce décrit par Jules César ?.

Fouille majeure à Paris

Depuis février 2026, une fouille archéologique d'une ampleur inédite est menée dans deux cours de l'Hôtel-Dieu, le plus ancien hôpital de Paris, situé sur l'île de la Cité. Cette opération, couvrant 1 250 m², est réalisée par les archéologues de la Ville de Paris et de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) avant des travaux de restructuration de l'AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris). Le site n'est pas choisi au hasard : c'est ici qu'au XIXe siècle, Théodore Vacquer, considéré comme un pionnier de l'archéologie parisienne, avait déjà découvert des vestiges majeurs de l'histoire de la capitale. Les experts s'attendaient à y trouver des traces d'habitat antique, des rues et des couches médiévales ou modernes, mais aucun indice de présence gauloise n'avait été détecté lors d'un diagnostic réalisé en 2019.

Découverte d'un mur gaulois

À l'été 2026, les archéologues ont fait une découverte surprenante : un mur de pierre et de bois calciné, long d'une vingtaine de mètres, construit selon une technique typique des fortifications gauloises. Derrière ce mur, une plateforme surélevée de près de deux mètres d'épaisseur, composée de sables et de graviers, protégeait une zone inondable de l'île. Devant le mur, les vestiges d'un bâtiment en bois détruit par un incendie, ainsi que des graines carbonisées et un fer de lance gaulois ont été retrouvés. Grâce à la méthode du carbone 14, les bois ont été datés entre 200 et 10 avant notre ère. Pour le ministère de la Culture, ce mur pourrait représenter la première preuve matérielle de l'existence de Lutèce, la capitale des Parisii, telle que décrite par Jules César dans La Guerre des Gaules.

Contexte historique

Dans La Guerre des Gaules, Jules César situe Lutèce, l'oppidum (ville fortifiée) des Parisii, sur une île de la Seine. Selon ses écrits, en 52 avant notre ère, les Gaulois auraient incendié la ville et détruit ses ponts pour empêcher les Romains de la traverser. Jusqu'à présent, l'absence de vestiges sur l'île avait conduit certains chercheurs à proposer Nanterre comme emplacement possible de la capitale des Parisii, où une importante agglomération gauloise avait été identifiée. La découverte du mur de l'Hôtel-Dieu relance donc le débat sur la localisation exacte de Lutèce, sans pour autant le trancher définitivement. Sa fonction précise, sa date de construction et celle de l'incendie restent encore à établir.

Autres vestiges découverts

La fouille de l'Hôtel-Dieu ne se limite pas au mur gaulois. Dans les deux cours explorées, les archéologues étudient les strates successives d'occupation humaine, allant de l'Antiquité aux Temps modernes, couche après couche. Les résultats détaillés de la seconde cour n'ont pas encore été rendus publics, mais les premières observations révèlent une richesse exceptionnelle de vestiges. Cette fouille s'inscrit dans une année marquée par d'autres découvertes majeures sur l'île de la Cité : sur le parvis de Notre-Dame, une voie gallo-romaine a été mise au jour, et dans la cour du Mai du Palais de Justice, une aire funéraire antique et carolingienne, jusqu'alors inconnue, a été identifiée. Ces chantiers dessinent ensemble l'histoire d'un quartier habité sans interruption depuis plus de deux millénaires.

Prochaines étapes

La fouille archéologique, initialement prévue pour durer jusqu'en 2026, a été prolongée jusqu'en 2027 afin de permettre des analyses complémentaires. Le mur gaulois, trop fragile pour être conservé en place, sera moulé pour être étudié, puis démonté. Une partie de ce vestige sera reconstituée et présentée dans un musée parisien, dont le choix n'a pas encore été arrêté. Les archéologues espèrent ainsi apporter des réponses définitives sur l'histoire de Lutèce et de ses habitants, les Parisii. Cette découverte pourrait également permettre de mieux comprendre les stratégies de défense et d'organisation urbaine des Gaulois avant l'arrivée des Romains.

Ce que ça pourrait changer

Cette fouille mobilise plusieurs acteurs institutionnels. Julien Avinain, archéologue et chef du Pôle archéologique de la Ville de Paris, supervise les opérations. Dorothée Chaoui-Derieux, conservateur en chef du patrimoine pour la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Île-de-France, apporte son expertise en conservation et valorisation du patrimoine. David Couturier, archéologue responsable de la fouille pour le Département d'histoire de l'architecture et d'archéologie de Paris, dirige les travaux sur le terrain. Le ministère de la Culture, via la DRAC, suit de près les avancées de cette découverte majeure, qui pourrait redéfinir une partie de l'histoire de Paris.

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