Les centres de données installés au Québec appartiennent majoritairement à des intérêts états-uniens
Ces installations ont représenté 3,1% des ventes d’électricité au Québec en 2025..
En 2025, le Québec compte 72 centres de données en service, principalement situés autour de Montréal et de Québec. Ces infrastructures servent à stocker et traiter des données pour des entreprises privées et des sociétés d’État québécoises. Elles ne sont pas utilisées pour l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle comme ChatGPT, mais plutôt pour des besoins classiques de calcul et de stockage. Ces centres représentent une consommation électrique significative : 3,1 % des ventes totales d’électricité au Québec en 2025. Leur fonctionnement repose sur des équipements informatiques (serveurs, baies de stockage) qui génèrent une chaleur importante, nécessitant un système de refroidissement énergivore. Par ailleurs, leur sécurité et leur alimentation en énergie ajoutent à leur empreinte électrique.
Les 72 centres de données actifs au Québec ont signé des contrats avec Hydro-Québec pour une puissance totale installée de 1 488 mégawatts (MW), soit l’équivalent de ce que peut produire la centrale Manic-5, un grand barrage hydroélectrique québécois. Cependant, cette puissance ne reflète pas leur consommation réelle, qui est estimée entre 500 et 600 MW en moyenne sur l’année, soit environ 30 % de la puissance souscrite. Cela signifie que les centres de données utilisent seulement une partie de l’énergie qu’ils ont réservée. Cette différence s’explique par des variations dans l’utilisation des serveurs, certains étant moins sollicités selon les périodes. Hydro-Québec est l’entreprise publique québécoise responsable de la production et de la distribution de l’électricité dans la province.
Une analyse des actionnaires des centres de données révèle que seulement un tiers de la puissance installée (572 MW sur 1 488 MW) est détenue par des intérêts canadiens. Les deux autres tiers sont principalement contrôlés par des entreprises américaines, avec quelques participations européennes (Royaume-Uni, Pologne, France, Pays-Bas). Ce constat soulève des questions sur la souveraineté numérique du Québec, c’est-à-dire la capacité du territoire à maîtriser ses infrastructures critiques en cas de tensions géopolitiques. Par exemple, en cas de conflit avec les États-Unis, l’accès à ces centres de données pourrait être compromis. Les experts du collectif Numérique responsable et soutenable (NRS) et du COlab ont mené cette analyse pour éclairer ce débat.
Douze nouveaux centres de données sont en construction ou prévus au Québec. Aucun de ces projets ne compte d’actionnaires canadiens parmi leurs propriétaires. Ensemble, ils ajouteront une puissance supplémentaire de 644 MW au réseau électrique québécois. Cette expansion reflète une croissance rapide du secteur, avec une augmentation annuelle de la consommation électrique des centres de données estimée à plus de 10 % par an. Hydro-Québec anticipe une demande supplémentaire de 300 à 1 100 MW d’ici 2035 pour répondre aux besoins de ces nouvelles infrastructures. Cette hausse pose un défi pour la gestion des ressources énergétiques du Québec, car elle pourrait mobiliser jusqu’à 25 % des nouvelles capacités de production prévues dans le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) d’Hydro-Québec d’ici cette date.
L’augmentation de la consommation électrique des centres de données pourrait limiter l’accès à l’énergie pour d’autres industries au Québec. Selon les experts, 25 % des nouvelles capacités de production d’*Hydro-Québec* prévues d’ici 2035 devront être consacrées à ces infrastructures numériques. Cela signifie que seulement 75 % de ces nouvelles capacités resteront disponibles pour les autres secteurs économiques. Ce constat met en lumière un arbitrage entre le développement du numérique et les besoins des autres industries. Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de ce débat pour orienter les choix énergétiques futurs du Québec. Leur objectif est de fournir des données objectives pour alimenter une réflexion collective sur cette question.

