Au Burkina Faso, avec les laissés-pour-compte de l’exploitation aurifère
La junte burkinabè a repris en main le secteur aurifère du pays. L’Acled, une ONG spécialisée dans la veille sécuritaire, relève dans son dernier rapport que les groupes djihadistes se livrent de leur côté à une guerre intense pour le contrôle de la manne minière du pays, en particulier l’or.
La commune de Houndé, située dans le sud du Burkina Faso, abrite une mine d’or dont l’exploitation a débuté avant 2020. Cette mine a généré des recettes importantes pour la commune, estimées à plus de 10 milliards de francs CFA (environ 15,2 millions d’euros) depuis son installation. Ces fonds ont été partiellement investis dans des infrastructures locales, notamment dans les domaines de la voirie, de l’éducation et de la santé. Par exemple, plus de 4 milliards de francs CFA (6,1 millions d’euros) ont été consacrés à la voirie, 2,5 milliards (3,8 millions d’euros) à l’éducation, et près de 900 millions (1,3 million d’euros) à la santé. Un centre de santé fonctionnel a ainsi été construit dans le secteur 3 de Houndé, ainsi que des châteaux d’eau et des adductions d’eau potable. Ces réalisations sont présentées comme des avancées positives par les autorités locales, notamment Dramane Bamogo, représentant de la mairie.
Souleymane Ouédraogo, un orpailleur (personne qui extrait de l’or de manière artisanale) du secteur 3 de Houndé, reconnaît les bénéfices des infrastructures construites grâce aux recettes minières, comme le centre de santé. Cependant, il exprime un sentiment d’exclusion et d’injustice. Il souligne que les orpailleurs locaux, qui contribuent indirectement à l’exploitation aurifère, n’ont pas bénéficié de formations ou d’opportunités d’emploi offertes par la mine. Il propose que la mine forme des jeunes de la localité pour qu’ils deviennent des géologues (spécialistes de l’étude des roches et des minéraux) capables d’assister les orpailleurs dans leurs travaux. Selon lui, cette formation permettrait aux jeunes d’acquérir des compétences professionnelles et de mieux participer à l’économie locale. Il précise que cette responsabilité ne relève pas de la mairie, mais de l’exploitant minier.
Malgré les investissements réalisés, certains acteurs locaux, comme un membre du comité communal de veille citoyenne, expriment des inquiétudes concernant des infrastructures éducatives inachevées. Par exemple, des chantiers de collèges (écoles secondaires) sont encore en cours, laissant des enfants de moins de 10 ans marcher plusieurs kilomètres pour se rendre à l’école. Cette situation est jugée anormale et préoccupante, car elle pourrait entraîner une perte de ressources pour la commune si les travaux ne sont pas finalisés. Le membre du comité interroge la mairie sur l’avenir de ces projets et leur achèvement, soulignant que leur abandon partiel représenterait un gaspillage des fonds investis.
Yi-han-lo Lanou, président du Conseil provincial des organisations de la société civile du Tuy (une région du Burkina Faso), critique l’impact limité de la mine sur le chômage local. Il souligne que la mine n’a pas suffisamment absorbé le chômage dans la région, malgré son implantation. De plus, il dénonce l’augmentation du coût de la vie à Houndé, devenue l’une des villes les plus chères du Burkina Faso. Bien que tous les habitants ne travaillent pas dans la mine, ils subissent les conséquences économiques de sa présence, comme la hausse des prix des biens et services. Yi-han-lo Lanou évoque également l’accès restreint des commerçants locaux aux marchés de la mine, limitant ainsi les opportunités économiques pour les habitants.
Les femmes de Houndé se sentent également marginalisées par l’exploitation minière. Lors d’un débat, elles ont interpellé la mairie pour dénoncer leur exclusion des bénéfices et des opportunités générés par la mine. La mairie a répondu que des efforts avaient été faits pour les inclure, notamment par des formations financées non pas par le fonds minier (fonds spécial alimenté par les recettes de l’exploitation minière), mais par le budget communal. Cependant, la mairie reconnaît que certaines dépenses, comme celles liées aux infrastructures, proviennent bien du fonds minier. Ces réponses soulignent les limites des actions menées et la difficulté à répondre à l’ensemble des attentes de la population locale.
Dramane Bamogo, représentant de la mairie, reconnaît que les 10 milliards de francs CFA (15,2 millions d’euros) générés par la mine représentent une somme importante, mais il souligne que les défis à relever à Houndé sont nombreux et complexes. Il explique que les recettes minières, bien que significatives, ne suffisent pas à résoudre tous les problèmes de la commune. Certains besoins, comme la finalisation des infrastructures éducatives ou la formation des populations locales, dépassent les capacités financières immédiates de la mairie. Il indique que certaines actions, comme la formation des jeunes ou l’absorption du chômage, relèvent davantage de la responsabilité de l’exploitant minier que des autorités locales.

