Peut-on encore s’accorder une crème glacée pour le plaisir ?
Après avoir réduit les portions jusqu’à proposer des “bouchées glacées”, les fabricants de glaces industrielles mettent au point des produits gorgés de protéines et de vitamines. Dans un long article publié cet été, “The Guardian” s’interrogeait sur l’avenir du secteur..
L’industrie de la crème glacée traverse une période de profonde transformation en 2026. Les fabricants, autrefois centrés sur le plaisir gustatif, adaptent leurs produits à de nouvelles attentes. Les portions ont été réduites jusqu’à proposer des bouchées glacées, tandis que des versions enrichies en protéines et vitamines apparaissent. Par exemple, une glace comme le Twister ne contient qu’un demi-gramme de protéines, un niveau jugé insuffisant face aux nouvelles tendances de consommation. Le marché mondial de la crème glacée pèse environ 100 milliards d’euros, avec des acteurs comme The Magnum Ice Cream Company (TMICC), née en 2025 d’une scission avec Unilever, qui représente 20% de ce secteur. Cependant, cette entreprise fait face à une volatilité de son action, en partie à cause des paris des investisseurs sur une baisse de sa valeur, un phénomène appelé short-selling.
L’arrivée des médicaments contre l’obésité comme l’Ozempic, le Wegovy ou le Mounjaro a profondément modifié les habitudes alimentaires. Aux États-Unis, une personne sur huit suit ce type de traitement. Ces médicaments, qui réduisent l’appétit, poussent les consommateurs à privilégier des aliments riches en protéines pour éviter la perte de masse musculaire. Cette tendance crée un défi pour l’industrie de la crème glacée, traditionnellement riche en sucre et gras mais pauvre en protéines. Par exemple, un bâtonnet de glace comme le Twister ne contient qu’un demi-gramme de protéines, ce qui est jugé insuffisant par les consommateurs soucieux de leur santé. Les fabricants tentent donc de répondre à cette demande en développant des produits hypertransformés, enrichis en vitamines et protéines, comme des glaces au collagène ou contenant 4 grammes de protéines par bâtonnet.
Les fabricants de crème glacée misent désormais sur la fonctionnalité de leurs produits, c’est-à-dire leur capacité à apporter un bénéfice santé. Cette approche se traduit par l’ajout de vitamines, de protéines ou d’autres nutriments dans des glaces industrielles. Par exemple, une glace testée dans un laboratoire britannique brille d’un vert fluorescent sous une lumière UV grâce à une forte teneur en vitamine B2. Une autre, commercialisée sous le slogan Les fêtards aussi sont des athlètes, a été lancée à Ibiza en 2025. Cependant, cette stratégie est critiquée par des experts comme le médecin britannique Chris van Tulleken, auteur du livre Ultra-transformés. On mange de la m* et le pire c’est qu’on en redemande*. Selon lui, l’ajout de vitamines dans ces produits donne seulement une apparence de santé, sans réel bénéfice nutritionnel. Pour lui, si l’on cherche de la vitamine B2, il est préférable de consommer des œufs plutôt que de la glace.
La crème glacée, historiquement associée au plaisir et à la gourmandise, se retrouve au cœur d’un débat sur sa place dans une société de plus en plus axée sur la santé et la nutrition. Zbigniew Lewicki, directeur de la recherche chez TMICC, reconnaît que les consommateurs, en particulier les jeunes, lisent de plus en plus les étiquettes avant d’acheter. Pourtant, la glace reste un produit dont la raison d’être principale est le plaisir, grâce à son mélange de gras, de sucre et d’air. Comme le souligne la journaliste du Guardian, Kitty Drake, après avoir goûté une glace artisanale à Broadstairs, en Angleterre, l’appétence collective pour ce produit pourrait bien persister malgré les nouvelles tendances. Elle observe que les gourmands continuent de savourer des banana split ou d’autres desserts glacés, suggérant que le plaisir reste un moteur puissant de consommation.
Les produits hypertransformés comme les glaces enrichies en vitamines et protéines sont vivement critiqués par certains experts en nutrition. Chris van Tulleken, médecin et auteur, qualifie ces produits de fonctionnels mais souligne qu’ils ne sont pas sains pour autant. Selon lui, ces glaces ne font que donner une illusion de santé grâce à l’ajout de nutriments, tout en restant des aliments ultra-transformés. Il rappelle que la crème glacée n’a pas été conçue pour être nutritive, mais pour le plaisir. Cette critique s’inscrit dans un débat plus large sur l’industrie agroalimentaire, qui cherche à adapter ses produits à des attentes contradictoires : le plaisir gustatif d’un côté, et la santé de l’autre. Les consommateurs, eux, semblent partagés entre ces deux logiques.
L’industrie de la crème glacée doit faire face à un avenir incertain en 2026. D’un côté, les vagues de chaleur et les températures record de l’été favorisent les ventes, comme en témoigne la hausse des températures en juillet 2026, considérée comme la plus chaude de l’histoire. De l’autre, les attentes des consommateurs évoluent vers des produits plus sains et fonctionnels, poussant les fabricants à innover. TMICC, par exemple, travaille sur des prototypes de glaces enrichies en protéines et collagène, destinées à être vendues dans les salles de sport. Cependant, ces produits restent controversés, car ils transforment un aliment traditionnel en un produit *hypertransformé*, loin de l’image d’un dessert simple et gourmand. L’avenir de la crème glacée dépendra donc de sa capacité à concilier plaisir et santé, sans perdre son essence.

