“The Librarians” : aux États-Unis, les bibliothécaires contre la censure
The Librarians s’est vu décerner le prix du meilleur documentaire aux Emmy Awards, un film qui met en lumière le combat des bibliothécaires contre la censure dans l’Amérique de Trump. Mais comment les bibliothécaires se battent-elles pour la liberté d’expression ?.
Le film documentaire The Librarians a reçu le prix du meilleur documentaire aux Emmy Awards en 2026. Ce documentaire met en lumière le rôle des bibliothécaires américains dans la lutte contre la censure des livres, notamment sous l’administration de Donald Trump. Il explore comment ces professionnels défendent la liberté d’expression et l’accès à l’information dans un contexte politique tendu. Le film s’appuie sur des témoignages et des exemples concrets pour illustrer cette résistance, montrant que les bibliothèques ne sont pas seulement des lieux de savoir, mais aussi des espaces de débat et de défense des droits civiques.
L’article situe cette lutte dans le contexte des années Trump aux États-Unis, une période marquée par une montée des tensions autour de la liberté d’expression et de la censure. Esther Cyna, historienne spécialiste des États-Unis, souligne que cette période a vu une augmentation des tentatives de censure dans les écoles et les bibliothèques publiques. Ces tentatives visent souvent des livres abordant des thèmes comme la diversité, l’histoire des minorités ou les droits LGBTQ+. Les bibliothécaires, en tant que gardiens de l’accès au savoir, se retrouvent en première ligne pour protéger ces ouvrages et garantir le droit de chacun à s’informer librement.
Les bibliothécaires américains jouent un rôle clé dans la défense de la liberté intellectuelle. Leur action s’articule autour de plusieurs stratégies : ils organisent des événements pour promouvoir des livres contestés, forment les enseignants et les parents à la défense de la liberté de lecture, et militent pour des lois protégeant l’accès à l’information. Leur engagement repose sur des principes fondamentaux, comme ceux de l’American Library Association (ALA), qui considère que tout individu a le droit de lire, d’apprendre et de s’informer sans restriction. Ces professionnels agissent comme des remparts contre les pressions politiques ou sociales visant à limiter l’accès à certains savoirs.
La censure des livres aux États-Unis prend des formes variées : retrait de titres des rayons, restrictions budgétaires pour les bibliothèques, ou pressions sur les enseignants pour éviter certains sujets. Esther Cyna explique que ces pratiques s’inscrivent dans une logique plus large de contrôle de l’information, souvent motivée par des idéologies politiques ou religieuses. Par exemple, des livres abordant l’histoire de l’esclavage, les droits des personnes LGBTQ+ ou les inégalités sociales sont fréquemment ciblés. Ces tentatives de censure touchent particulièrement les communautés marginalisées, privant des publics entiers d’accès à des récits qui les concernent directement.
Face à ces menaces, les bibliothécaires et leurs alliés (associations, enseignants, parents) se mobilisent pour défendre la liberté de lecture. Des mouvements comme #FReadom ou Banned Books Week (Semaine des livres interdits) organisent des campagnes de sensibilisation et des lectures publiques de livres censurés. Ces initiatives visent à montrer l’importance de la diversité des voix dans la littérature et à alerter l’opinion publique sur les dangers de la censure. Les bibliothèques deviennent ainsi des lieux de résistance culturelle, où la défense des droits civiques se mêle à la promotion du savoir.
Esther Cyna rappelle que la censure des livres n’est pas un phénomène nouveau aux États-Unis. Elle cite des exemples historiques comme les lois Jim Crow dans le Sud, qui ont longtemps limité l’accès à l’éducation pour les Afro-Américains. Ces lois, en vigueur entre la fin du XIXe siècle et les années 1960, visaient à maintenir les inégalités raciales en privant une partie de la population de savoirs essentiels. L’historienne souligne que les combats actuels s’inscrivent dans une continuité, montrant que la défense de la liberté intellectuelle reste un enjeu permanent, même dans les démocraties.

