La fumée des feux de forêt pourrait être plus nocive que d'autres formes de pollution atmosphérique
Les particules fines issues des feux de forêt provoqueraient davantage d'hospitalisations cardiaques et respiratoires que celles d'origine industrielle ou automobile, selon une analyse portant sur 90 millions de cas..
Une étude récente suggère que la fumée des feux de forêt pourrait présenter des risques sanitaires plus élevés que d'autres types de pollution atmosphérique, comme les émissions industrielles ou celles des véhicules. Contrairement à la pollution urbaine classique, composée principalement de particules fines (PM2.5) et de gaz comme le dioxyde d'azote (NO2), la fumée des incendies contient une combinaison complexe de substances chimiques. Parmi elles, on trouve des composés organiques volatils (COV), des particules ultrafines (inférieures à 0,1 micromètre) et des métaux lourds comme le plomb ou le mercure. Ces éléments, en se combinant, pourraient agir de manière synergique, c'est-à-dire que leur effet nocif serait supérieur à la somme de leurs effets individuels. Par exemple, les particules ultrafines pénètrent plus profondément dans les poumons et peuvent atteindre la circulation sanguine, tandis que les COV sont connus pour irriter les voies respiratoires et aggraver des maladies comme l'asthme ou les bronchites chroniques.
Les chercheurs soulignent que l'exposition à cette fumée pourrait avoir des conséquences graves à court et long terme. À court terme, elle provoque des irritations des yeux, de la gorge et des poumons, ainsi que des maux de tête ou des nausées. À plus long terme, les études évoquent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de cancers du poumon et de troubles neurologiques. Une particularité de cette fumée réside dans sa capacité à voyager sur de longues distances : elle peut parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres, affectant des régions éloignées des incendies. Par exemple, en 2020, des fumées issues des feux en Californie ont été détectées en Europe, traversant l'océan Atlantique. Les populations les plus vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées ou celles souffrant de pathologies respiratoires, sont particulièrement exposées.
Pour évaluer la dangerosité de la fumée des feux de forêt, les scientifiques ont comparé ses effets à ceux d'autres sources de pollution, telles que les émissions des centrales à charbon, des véhicules diesel ou des usines chimiques. Les résultats indiquent que, malgré des concentrations parfois inférieures en particules PM2.5, la fumée des incendies contient des composés plus réactifs et toxiques. Par exemple, une étude citée dans l'article a montré que les particules issues des feux de forêt pouvaient être jusqu'à 10 fois plus nocives pour les cellules pulmonaires que celles provenant de la pollution urbaine classique. De plus, la fumée des incendies libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des substances cancérigènes connues, en quantités significativement plus élevées que d'autres polluants atmosphériques.
La composition unique de la fumée des feux de forêt s'explique par la nature des matériaux brûlés. Contrairement aux combustibles fossiles, comme le pétrole ou le charbon, qui libèrent principalement du CO2 et des particules classiques, les feux de forêt consument des végétaux, des arbres et des sols riches en matière organique. Cette combustion incomplète génère des molécules plus complexes et plus réactives, comme les aldéhydes ou les cétones, qui réagissent avec d'autres polluants présents dans l'atmosphère. Par exemple, les particules de carbone noir (ou suie), issues de la combustion incomplète, absorbent davantage la lumière et peuvent réchauffer l'atmosphère locale, aggravant ainsi les conditions propices aux incendies. Ces interactions chimiques rendent la fumée des feux de forêt particulièrement difficile à modéliser et à traiter.
Face à ce constat, les experts appellent à une meilleure gestion des incendies et à des mesures de protection accrues pour les populations exposées. Parmi les solutions proposées, on trouve le renforcement des systèmes d'alerte précoce pour informer les habitants des pics de pollution, la création de zones tampons végétalisées autour des habitations pour limiter la propagation des feux, et l'adoption de masques filtrants plus performants, capables de retenir les particules ultrafines. Les autorités sanitaires recommandent également d'éviter les activités physiques intenses en extérieur lors des épisodes de forte fumée et de fermer les fenêtres pour limiter l'infiltration des polluants à l'intérieur des bâtiments. Enfin, les scientifiques insistent sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l'intensification des feux de forêt, liée au changement climatique.

