De la consultation illégale de fichiers policiers à l’ « ubérisation de la corruption »
Confrontées à une « ubérisation de la corruption » émanant notamment du narcobanditisme, les inspections générales de la police (IGPN) et de la gendarmerie (IGGN) ont musclé leurs dispositifs anti-corruption. Leurs nouveaux algorithmes de « surveillance et contrôle des accès aux fichiers de la Police nationale » (SCAF-PN) et de « contrôle interne des traces des applications […].
En 2025, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a enregistré une augmentation significative des atteintes à la probité, c’est-à-dire des actes portant atteinte à l’honnêteté et à l’intégrité des agents publics. Cette hausse concerne à la fois le nombre absolu d’infractions et leur proportion par rapport aux années précédentes. L’IGPN souligne que cette tendance est notamment portée par une détection interne accrue, grâce à une vigilance renforcée de l’ensemble du commandement. Par exemple, les cas de corruption sont passés de 66 en 2024 à 88 en 2025, soit une augmentation de 33 %. Les violations du secret professionnel ont également progressé de 26 %, passant de 93 à 117 cas. Ces chiffres illustrent une dégradation de l’éthique professionnelle au sein des forces de l’ordre.
L’IGPN a recensé 136 infractions liées au détournement de fichiers policiers en 2025, contre 75 en 2024, soit une hausse de 81 %. Ces fichiers, qui contiennent des données personnelles sensibles, sont normalement utilisés à des fins judiciaires ou administratives. Parmi les fichiers les plus détournés figurent le Traitement des antécédents judiciaires (TAJ), le Système d’immatriculation des véhicules (SIV) et le Fichier des personnes recherchées (FPR). Ces détournements visent principalement à obtenir des avantages financiers ou des services, bien que les montants en jeu restent généralement modestes. Par exemple, les contreparties peuvent prendre la forme de petites sommes d’argent ou de services rendus, souvent sans lien avec l’enrichissement personnel. Cette pratique expose pourtant les agents à des risques pénaux et administratifs importants.
L’IGPN évoque une forme de corruption ubérisée, rendue possible par l’accès instantané aux fichiers policiers via des terminaux mobiles comme le NEO, utilisé par les forces de l’ordre. Ce système permet aux agents de consulter des bases de données en temps réel, mais il facilite aussi les détournements à grande échelle. Les agents concernés commencent souvent par des consultations ponctuelles avant d’adopter des pratiques massives. L’ubérisation de la corruption désigne ici une déresponsabilisation des agents, qui ne mesurent pas toujours l’ampleur de leurs actes. Par exemple, certains agents détournent des fichiers pour rendre service à des proches, sans percevoir la gravité de leur comportement. Cette tendance reflète une banalisation des infractions au sein des institutions.
Bien qu’il n’existe pas de profil type, les agents mis en cause dans ces affaires sont majoritairement des hommes de moins de 40 ans, en début de carrière. Ils ne bénéficient généralement pas de revenus élevés et certains se trouvent dans des situations personnelles difficiles, comme un endettement, une addiction ou des problèmes familiaux complexes. L’IGPN note que ces agents agissent souvent par opportunisme, sans toujours anticiper les conséquences de leurs actes. Leur comportement reflète parfois une recherche de reconnaissance ou de soutien, notamment à travers des services rendus à leur entourage. Ces profils révèlent des vulnérabilités individuelles qui peuvent favoriser les détournements de fichiers.
L’IGPN qualifie ces pratiques de *menace non existentielle mais marginale*, c’est-à-dire qu’elles ne remettent pas en cause le fonctionnement global des institutions, mais elles en sapent la crédibilité. Les détournements de fichiers, même à petite échelle, portent atteinte à la confiance du public dans les forces de l’ordre. Les risques encourus par les agents sont pourtant importants : sanctions pénales, administratives et disciplinaires. Par exemple, les contreparties financières ou matérielles restent généralement modestes, mais les peines encourues peuvent aller jusqu’à plusieurs années de prison. Cette disproportion entre les bénéfices et les risques illustre la gravité des infractions commises.

