Frapper fort la Russie, le pari à double tranchant de Volodymyr Zelensky
En multipliant les frappes en profondeur sur le territoire russe, Kiev cherche à affaiblir le moral et l’économie de son adversaire. Mais cette stratégie pourrait offrir à Vladimir Poutine un prétexte pour intensifier la guerre, estime Mark Galeotti, spécialiste de la Russie pour “The Sunday Times”, de Londres..
Depuis août 2026, l’Ukraine mène des frappes militaires de plus en plus profondes sur le territoire russe. L’objectif affiché est d’affaiblir à la fois le moral de la population russe et l’économie du pays. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de guerre prolongée, où Kiev cherche à réduire la capacité de Moscou à soutenir son effort de guerre. Les cibles incluent des infrastructures stratégiques comme des raffineries pétrolières, des compagnies maritimes en mer d’Azov et des entreprises commerciales majeures. Par exemple, deux raffineries pétrolières russes, Bashneft-Novoil et Slavneft-Yanos, ont été touchées début août, privant la Russie d’un tiers de ses capacités de raffinage. En mer d’Azov, 236 navires ont été visés en juillet, réduisant de trois quarts la circulation maritime dans cette zone. Ces attaques visent à perturber les chaînes d’approvisionnement et à fragiliser l’économie russe, déjà sous pression en raison des sanctions internationales.
Parmi les cibles récentes, l’Ukraine a attaqué des entrepôts appartenant à Wildberries, un géant du commerce en ligne russe souvent comparé à Amazon. Ce groupe représente plus de 10 % du commerce de détail en Russie. Les dégâts estimés sur Wildberries dépasseraient 280 milliards de roubles, soit environ 2,89 milliards d’euros. Ces frappes ciblent des infrastructures civiles pour fragiliser l’économie russe, mais elles pourraient aussi avoir des répercussions sur les consommateurs locaux. Cependant, malgré ces attaques, l’économie russe reste soutenue par des recettes pétrolières et gazières, notamment en raison de la crise au Moyen-Orient qui maintient les prix de l’énergie à un niveau élevé. Les experts soulignent que ces frappes, bien que spectaculaires, ne suffiront probablement pas à paralyser l’économie russe à elles seules.
Cette stratégie ukrainienne comporte un risque majeur : elle pourrait renforcer le camp des faucons en Russie, ces dirigeants et responsables politiques qui prônent une intensification de la guerre. Selon Mark Galeotti, spécialiste de la Russie pour The Sunday Times, ces frappes pourraient servir de prétexte à Vladimir Poutine pour justifier une escalade militaire. En effet, en ciblant des infrastructures civiles et économiques, l’Ukraine donne à Moscou un argument pour présenter ces attaques comme des actes de terrorisme ou des violations du droit international. Cela pourrait permettre à Poutine de mobiliser davantage la population russe autour de la guerre et de justifier des mesures plus radicales, comme une mobilisation générale ou des représailles massives. Le succès technique des frappes ukrainiennes est donc contrebalancé par ce risque politique et stratégique.
L’article s’inscrit dans un contexte de guerre prolongée entre l’Ukraine et la Russie, débutée en février 2022. Depuis, le conflit a connu plusieurs phases, avec des avancées et des reculs pour les deux camps. Les frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe marquent une escalade récente, reflétant la volonté de Kiev de porter la guerre directement sur le sol ennemi. Cette stratégie s’accompagne d’une pression internationale accrue sur la Russie, notamment en raison de son isolement diplomatique et des sanctions économiques. Cependant, la Russie conserve des leviers importants, comme ses ressources énergétiques, qui lui permettent de résister partiellement aux pressions. Le jeu géopolitique reste donc complexe, avec des enjeux économiques, militaires et moraux pour les deux parties.
L’analyse de *Mark Galeotti*, publiée dans *The Sunday Times*, met en lumière les limites et les dangers de la stratégie ukrainienne. Pour lui, frapper fort en Russie peut affaiblir temporairement l’économie et le moral des Russes, mais cela risque aussi d’unifier davantage la population autour de Poutine. Les frappes pourraient être perçues comme des attaques contre des civils ou des infrastructures non militaires, ce qui pourrait attiser la colère et la résistance en Russie. Galeotti souligne que cette stratégie est un *pari à double tranchant* : elle peut affaiblir l’ennemi, mais elle peut aussi renforcer sa détermination. Les perspectives dépendront donc de la capacité de l’Ukraine à concilier pression militaire et soutien international, tout en évitant une escalade incontrôlable.

