Keytruda : pourquoi le déploiement de ce médicament phare contre le cancer est bloqué en France
C'est le médicament contre le cancer le plus vendu au monde, mais sa toute dernière formule est désormais interdite dans huit pays européens, dont la France..
Le 7 octobre 2026, une cour néerlandaise a ordonné à Merck, un géant pharmaceutique américain, d’arrêter immédiatement la fabrication, la vente et le stockage de la version sous-cutanée du Keytruda, un médicament contre le cancer. Cette décision s’applique dans huit pays européens : la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Italie, la Suède, le Danemark et la Suisse. La raison invoquée est une plainte déposée par Halozyme Therapeutics, une société américaine de biotechnologie, qui accuse Merck d’avoir enfreint l’un de ses brevets sur la technologie MDASE. Cette technologie permet d’injecter rapidement sous la peau, via une simple piqûre, des volumes importants de traitement, ce qui facilite l’administration du médicament. Merck conteste cette décision et prépare des recours juridiques, mais la bataille pourrait être longue.
Le Keytruda est un médicament contre le cancer développé par Merck, dont la molécule active est le pembrolizumab. Contrairement à la chimiothérapie classique, qui attaque directement les cellules tumorales, le Keytruda est une immunothérapie. Il agit en neutralisant le camouflage utilisé par certaines cellules cancéreuses pour échapper au système immunitaire du patient. Ainsi, les défenses naturelles du corps peuvent repérer et détruire ces cellules. Ce médicament est aujourd’hui prescrit pour traiter plus d’une dizaine de types de cancers, à des stades précoces ou avancés, notamment le cancer du poumon, le mélanome, ainsi que les cancers du sein, de la vessie, du rein, du col de l’utérus ou encore de la tête et du cou. Il est considéré comme le traitement contre le cancer le plus vendu au monde.
Pour Merck, le blocage de la version sous-cutanée du Keytruda représente un revers financier colossal. À la fin de la décennie, les brevets protégeant la formule intraveineuse originale du médicament vont commencer à expirer, exposant la molécule à la concurrence de copies génériques moins chères. Merck comptait sur la version sous-cutanée, protégée par de nouveaux brevets plus récents, pour sécuriser ses revenus. Cette nouvelle formule, appelée Qlex, a déjà généré 463 millions de dollars de ventes sur un seul trimestre aux États-Unis. Le géant pharmaceutique espérait en faire un marché à plusieurs milliards. Sans cette version, la stratégie de Merck pour maintenir ses revenus est compromise.
Le blocage de la version sous-cutanée du Keytruda ne prive pas les patients de leur traitement, car la version originale intraveineuse reste disponible. Cependant, cette décision met en pause une avancée majeure pour le parcours de soins. Jusqu’ici, l’administration du Keytruda nécessitait une séance de perfusion d’environ 30 minutes à l’hôpital. La version sous-cutanée permettait une injection rapide sous la peau, simplifiant ainsi le traitement pour les patients. Elle devait également désengorger les services d’oncologie en réduisant le temps passé à l’hôpital et en libérant des fauteuils de perfusion, tout en allégeant la charge du personnel soignant. Son absence prolongera donc les contraintes actuelles pour les malades et les hôpitaux.
Merck conteste le jugement rendu par la cour néerlandaise et affirme que le brevet d’Halozyme est invalide à l’échelle mondiale. Le géant pharmaceutique prépare des recours juridiques pour contester cette décision, mais une longue bataille est à prévoir. En Allemagne, Halozyme avait déjà obtenu une injonction préliminaire en 2025, ce qui avait bloqué le lancement commercial de la nouvelle formule dans le pays. Ce conflit illustre les tensions fréquentes entre laboratoires pharmaceutiques autour des brevets, surtout lorsque des innovations permettent de prolonger la protection de médicaments devenus des blockbusters. La résolution de ce litige pourrait avoir des répercussions sur l’accès aux traitements contre le cancer en Europe.

